Et pourtant

DANIELE FONCK / François Hollande a tout faux. Etonnant pour quelqu’un d’aussi brillant, d’aussi fin, d’aussi expérimenté en politique. Peut-être n’est-il pas si nul que les Français, à commencer par ses «amis» politiques, le croient. Souvenons-nous de Jacques Chirac, à 13% dans les sondages contre Edouard Balladur avant d’emporter l’élection en 1995, qualifié de «roi fainéant» par Nicolas Sarkozy et aujourd’hui crédité d’un bon bilan et plus populaire que jamais.

Hollande a probablement commis beaucoup d’erreurs pendant sa campagne. D’une part en se croyant obligé de tenir un discours aux tonalités front-de-gauchistes (ah, les propos sur les riches!) en faisant mille et une promesses sans connaître le véritable bilan économique – désastreux – de l’ère Sarkozy, d’autre part en mimant le grand amour avec une dame peu drôle et peu digne qu’il trompait déjà, en se déclarant président «normal» comme si on pouvait être un citoyen lambda à la présidence d’une monarchie républicaine…

Une chose est certaine. Autant il s’était préparé à l’élection, autant il était mal préparé à présider, aussi bien au niveau des actes que des hommes de son entourage élyséen et gouvernemental. Le pire étant l’absence de vision à long terme. Un genre de maladie qui frappe beaucoup d’hommes politiques, en France, en Europe et dans le monde. Soit dit en passant: le duel Clinton-Trump est éloquent à cet égard.

Revenons à François Hollande. Pourquoi est-il incapable de mettre les points sur les «i»? Il n’est plus le premier secrétaire d’un parti social-démocrate à multiples  courants, mais un patron. Il lui faut décider, trancher. Pourquoi n’appelle-t-il pas un chat un chat, comme dans le cas de Florange? L’ambiguïté risque de le faire tomber, alors qu’en vérité, il n’a pas menti. L’acier à Florange, c’était fini et il fallait le dire. Le centre de recherche est devenu une réalité. Il fallait le clamer également, haut et fort. De cela, hélas, l’Elysée en est incapable.

Voilà un président qui revendique le droit à la vie privée, à la discrétion, à l’intimité. C’est légitime. Tout homme, tout dirigeant, a besoin de calme et de sérénité. Rien que de très banal. Mais qu’est-ce qui alimente donc ce besoin quasi maladif de s’épancher auprès de journalistes dont il sait pertinemment que leurs rencontres aboutiront à des livres politiques et qu’ils sont, nécessairement, à l’affût de la moindre petite phrase? Délabrement intellectuel, «politique et moral», considère le philosophe Daniel Schiffer*. A très juste titre. Manque de stature évidemment.

Le voilà, dixit Schiffer, le frère jumeau de Sarkozy. Sacrée déchéance!

Comme de Gaulle ou Churchill, Mitterrand avait la plume «étincelante». Le livre posthume des Lettres à Anne vaut la lecture, tout comme le beau Journal pour Anne. Pompidou, l’ami du poète Senghor, fin lettré, n’eut pas le temps d’écrire. Giscard, admirable connaisseur de Maupassant, écrit. Chirac restera l’homme du quai Branly, extraordinaire connaisseur des arts primitifs. Et pourtant…

François Hollande avait tout pour réussir. Théoriquement. Il s’en montre incapable. Drôle de retournement de situation pour celui que l’on considérait comme la tête pensante du tandem Hollande-Royal. Quelquefois, les apparences sont trompeuses… L’échec du président est nuisible à l’image de la France et en cela, c’est grave. Ce l’est d’autant plus que la relève reste invisible. A gauche comme à droite. Car qui, dans ce club de présidentiables autoproclamés, fait rêver? Les peuples ont pourtant besoin de rêves, puisqu’ils ne sauraient s’élever sans espoir.

Daniel Schiffer, page 5, «Tageblatt», édition du 24/10/2016.