Yann Amadoro, un sidérurgiste combatif au moral d’acier

Yann Amadoro, trade unionist CGT at Ascometal

L’Union européenne s’est construite à partir de la Communauté européenne du charbon et de l’acier en 1952: aujourd’hui, « l’acier est une ressource » que la France doit conserver, plaide Yann Amadoro, sidérurgiste d’Ascometal qui s’est battu contre le projet de fermeture de l’aciérie d’Hagondange (Moselle).

« Le monde entier consomme de l’acier pour l’automobile, l’éolien, le pétrole, l’armement », énonce le syndicaliste CGT de 39 ans, qui a débuté comme apprenti en 2000, à Ascometal, fabricant d’aciers spéciaux pour l’industrie automobile.

La France « doit conserver ses outils de production et ne pas dépendre d’autres pays pour s’approvisionner en acier », même si certaines de ses usines appartiennent à des groupes européens, plaide-t-il encore. « Tant qu’on est en bons termes avec les pays producteurs, il n’y a pas de problème. Mais si demain, tout l’acier pour l’automobile est fabriqué en Allemagne et que pour des raisons d’Europe qui ne fonctionne plus, on impose des taxes douanières? », s’interroge M. Amadoro, gilet rouge de la CGT sur une chemise en jeans.

Au-dessus de la porte de son bureau, une photo le montre, tout jeune, avec l’ancien secrétaire général de la CGT Bernard Thibault, en 2004. Opérateur de production, il a quitté l’atelier en 2012 pour se consacrer au syndicalisme. « Fabriquer de l’acier était pour moi un métier attrayant », raconte M. Amadoro, se souvenant de son entrée à Ascometal il y a presque vingt ans. Il dit ne pas se sentir « vraiment concerné » par l’Europe, mais prévoit de se « déplacer » pour les élections.

« Syndicalement, on voit plutôt le côté contraignant de l’Union européenne », avoue le syndicaliste, barbe finement taillée et cheveux courts soigneusement coiffés. Au-delà des règles communautaires, le sidérurgiste ne comprend pas pourquoi « l’industrie, en déclin depuis des années, n’est pas une priorité pour le gouvernement », qui « laisse les industriels faire ce qu’ils veulent ».

L’Allemagne et le Luxembourg ont une « politique plus volontariste », selon lui.

« Quand on a demandé à l’Etat des aides publiques lors d’un redressement judiciaire en 2014, on nous a répondu: +Impossible, l’Europe ne nous laissera pas faire au nom de la concurrence déloyale+ », soupire-t-il. « Les usines, ce n’est pas forcément beau dans le paysage, mais elles font vivre des régions entières », relève M. Amadoro.

En janvier 2018, son syndicat a appelé à la grève pour protester contre la fermeture de l’aciérie, annoncée par Schmolz + Bickenbach, repreneur suisse d’Ascometal. Le spécialiste des aciers automobiles avait été de nouveau placé en redressement judiciaire trois mois auparavant.

Le groupe suisse -présent dans la sidérurgie et la métallurgie en Allemagne,Pologne, Italie, Espagne, Portugal…- prévoyait d’approvisionner avec un site outre-Rhin l’usine mosellane, où 36 postes étaient supprimés. « On a mis en place un rapport de force pour faire entendre nos arguments » et obtenir, avec la CFDT et la CFE-CGC, un entretien avec le ministre de l’Économie Bruno Le Maire, de passage en Moselle. Jugeant « solides » leurs propositions, celui-ci avait enjoint au groupe helvétique de les examiner « avec attention ». « On a listé les avantages à conserver l’aciérie et les risques à la fermer.

Certains arguments ont fait mouche » auprès de Schmolz + Bickenbach, se félicite le syndicaliste. Un an plus tard, seulement « deux (personnes) sont parties et une trentaine a été embauchée », note-t-il avec satisfaction. Près de 100 millions d’euros seront investis d’ici à 2021, dont six pour un nouveau four électrique.

« Pour l’instant, on n’est pas menacé » mais, prévient-il, un retournement du marché entraînerait la fermeture de l’aciérie mosellane. « On s’est battu pour l’emploi et on ne pouvait pas cautionner de dire +C’est la fatalité, on ferme un outil parce que c’est plus rentable de produire ailleurs+ », résume M. Amadoro.