Wiltz tourne déjà en rond

PHOTO: HERVE MONTAIGU

Maurice Magar / La ville du nord est devenue le pôle de l’économie circulaire au Grand-Duché. Un laboratoire du futur et une réputation positive pour la Cité des genêts.

«C’est vrai que la plupart des gens reconnaissent le potentiel de l’économie solidaire sans vraiment y toucher. Nous avons décidé de saisir cette opportunité», explique Frank Arndt, le député-maire LSAP de la Cité des genêts.
Lorsque les responsables de l’hôtel de ville ont été approchés par le Luxembourg Ecoinnovation Cluster, Arndt n’a pas hésité un instant pour endosser le rôle du facilitateur. Wiltz, avec son passé industriel, ses friches et sa petite taille, y gagne aussi une réputation. «Les gens connaissent notre festival de musique, la fête des genêts et c’est tout. En devenant des précurseurs dans le domaine de l’économie circulaire, nous nous forgeons une réputation positive. Il ne faut pas non plus oublier que nous nous situons seulement à 15 kilomètres de Bastogne, par conséquent nous essayons de nous situer dans la Grande Région et d’attirer des investisseurs étrangers avec notre savoir-faire.»
Et ce savoir-faire nécessite justement une collaboration entre différents ministères. Le secrétaire d’Etat au Développement durable et aux Infrastructures, Camille Gira, estime qu’un changement de la gouvernance est nécessaire pour réussir la transition vers l’économie circulaire: «Toutes nos administrations ont toujours fonctionné de manière verticale, aujourd’hui, le gouvernement réussit à réunir autour d’une table tous les acteurs pour accomplir ses objectifs et pour rassembler les connaissances.»

Persuasion

D’après Gira, c’est cela qui fera la différence. Alors que l’Union européenne se pose la question du financement de l’économie circulaire (lire ci-dessous), le secrétaire d’Etat balaie d’un revers de main les problèmes liés aux investissements: «Ce n’est pas tant l’argent qu’un blocage mental. En tant qu’ancien bourgmestre, je sais qu’il faut beaucoup de temps, d’énergie et de force de persuasion pour rallier les acteurs économiques à la cause de l’environnement.» Et d’ajouter que les bénéfices au niveau de l’énergie et de la gestion des déchets se font ressentir très rapidement pour les entreprises. Bref, pour Gira, le changement économique est avant tout une question «d’état d’esprit». Il estime en substance que Wiltz peut jouer ce rôle de précurseur. Avec des projets de construction dans l’esprit de l’économie circulaire et des entreprises implantées dans la commune qui ont adopté le système, la Cité des genêts est devenue un pôle de rayonnement dans le domaine de l’innovation économique. Et ce en peu de temps: «La bonne collaboration entre la commune et les différents acteurs porte déjà ses fruits. Nous sommes passés de la théorie à la pratique en très peu de temps.» Gira affirme d’ailleurs que le Luxembourg se doit d’être un pionnier. «La seule ressource que nous avions, le minerai, n’existe plus. Nous avons un peu de vent, un peu de soleil et un peu de biomasse. Si le Luxembourg n’embrasse pas le concept de l’économie circulaire, qui le fera?»
Avec les ressources, les niches de souveraineté disparaissent aussi: «Il n’y a plus de secret bancaire et LuxLeaks a fait le reste.» L’économie circulaire est donc une opportunité de diversification et les projets abondent: le concept de la Superdreckskëscht a été vendu à l’étranger et le gouvernement réfléchit à la création d’un cluster pour le bois.