Volonté/Face à l’obscurantisme

De Charlottesville à Barcelone, les responsables d’actes barbares sont frappés par un même fléau: l’obscurantisme religieux. Aux Etats-Unis, dans les rangs du Ku Klux Klan, il est d’inspiration protestante. Profondément raciste, il remet en cause la science. Il confond précisément volontiers la science et «ce que disent les scientifiques». Un bon moyen de légitimer sa propre idéologie. Ainsi, les suprémacistes blancs se basent, par exemple, sur les thèses racistes d’un prix Nobel de physique récompensé pour l’invention du transistor. Bien loin donc d’une quelconque expertise anthropologique… Les fantasmes sur lesquels Daech base son idéologie sont construits sur le même genre de corrélations fallacieuses.

Une fois ces tristes constats établis, quelles réponses nos démocraties peuvent-elles apporter? Comment réagir et, surtout, prévenir? La solution n’est évidemment pas aisée. Mais baisser les bras n’est pas une option. Un imam, recruteur pour l’EI, a confié à un anthropologue, Scott Atran, que «les jeunes qui sont venus vers nous, on ne leur faisait pas la leçon comme à des gamins stupides… Il faut leur donner un message qui soit positif.» Quelle contre-proposition doivent offrir nos démocraties? Là encore, la réponse est des plus complexes.

L’anthropologue relève que, selon le «World Values Survey», la majorité des Européens ne considèrent pas la démocratie comme étant «d’une importance absolue». Il note par ailleurs une absence de volonté de sacrifier quoi que ce soit pour la démocratie. Les extrémistes religieux, bien que minoritaires, affichent clairement leur volonté de se battre et de donner leur vie pour leur cause. «Mourir pour ses idées, d’accord, mais de mort lente», entonnait Brassens. En somme, à l’opposé des kamikazes, c’est vivre pour défendre ses idées. Gouvernement représentatif, liberté d’expression, égalité devant la loi, répartition plus juste des richesses ou encore protection de l’environnement, autant de valeurs qui sont ici en jeu. Mais sommes-nous en passe de glisser vers des sociétés vides de sens, coincées dans un cercle vicieux matérialiste et sécuritaire? Atran explique, à juste titre, qu’«il n’est pas de message à opposer aux extrémistes qui puisse exister dans un vide social, en flottant uniquement dans l’espace abstrait de « l’idéologie »».
Olivier Tasch

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