Voir plus loin / Face à 2018

Jacques Hillion / La tentation est grande d’essayer de lever le voile sur ce que sera la nouvelle année. C’est ce que Le Jeudi a fait en demandant à onze personnalités de la société civile, marquées ou non politiquement, de se prononcer sur les débats que cette dernière pourrait ou devrait connaître, ce qu’elle pourrait être, ce qu’elle pourrait devenir.

Le résultat aurait pu être un poème à la Prévert, un catalogue épars de propositions, de vœux plus ou moins pieux, de souhaits ou d’envies. Surtout en une année électorale où chacun est appelé à émettre des propositions afin qu’elles trouvent place dans l’un ou l’autre programme.

Certes, l’exercice comporte son lot de revendications. Qu’elles viennent de l’autre côté de la frontière, qu’elles soient syndicales ou culturelles, elles relèvent de la même logique : une meilleure distribution des richesses, du savoir et de l’accès à la culture. L’équité comme modèle afin de faciliter la vie quotidienne, mais aussi l’accès à la culture. Face au désordre du monde, face à des sociétés qui changent si rapidement qu’elles peinent à trouver un nouvel équilibre, la cohésion sociale reste un socle sûr et à fortifier.

La question sociale n’est pas la seule à apparaître. En filigrane, c’est en effet l’ensemble de la campagne électorale telle qu’elle pourrait ou devrait se dérouler qui pointe le bout de son nez. Tout au moins si les bonnes questions sont posées, c’est-à-dire si elles dépassent le niveau du «ce sera mieux avec moi qu’avec les autres».

Ces questions sont connues. Elles sont même débattues puisqu’elles concernent l’économie circulaire, l’aménagement du territoire et, finalement, la croissance économique. Pour le moins, la confiance pour que le politique aborde réellement cette croissance dite qualitative ou douce est peu partagée car ce serait remettre en cause le confort actuel d’une partie de la population ou, pour le dire autrement, les acquis de telle ou telle frange des habitants de ce pays.

Il apparaît pourtant peu probable qu’il soit possible de passer outre ce débat.

L’actuel gouvernement en a posé les termes à travers le processus Rifkin.

Il appartient maintenant aux acteurs de la future campagne électorale – politiques, experts et citoyens – d’en définir les tenants et les aboutissants pour préparer l’avenir et ne pas rater le coche.

Le défi est de trouver un nouvel équilibre entre cohésion sociale, croissance, bien-être et qualité de vie.

Encore faut-il saisir le taureau par les cornes plutôt que de jouer à la politique de l’autruche et du repli.