En villégiature/ coup de cœur

Avant de partir en villégiature, je jette un dernier regard sur les mois écoulés avec le constat que la vie n’y a guère été différente de celle menée l’année dernière à la même époque.

Mais j’ai toutefois une année de plus et une nouvelle hanche et je réalise chaque jour davantage que la fin se pointe quelque part à l’horizon, dans ce grand inconnu que nous ne parvenons heureusement pas à percer.

Quand on me dit qu’en 2030 un tram reliera la capitale et la métropole du Fer et qu’en 2060 le Grand-Duché frôlera le million d’habitants, je réalise qu’avec un peu de chance je pourrai encore prendre le premier, mais certainement pas me sentir à l’étroit parmi les derniers.

On était quelque 250.000 quand je suis né et voilà qu’en trois quarts de siècle la population a plus que doublé. Avec tout ce que cela comporte! En plus, elle a radicalement changé de visage et, bientôt, les vrais Luxembourgeois seront en minorité. Et si les efforts de promouvoir, ou plutôt de sauver, notre langue, notre culture, nos traditions, notre identité sont fort louables, on ne pourra pas empêcher que peu à peu nous ne serons plus les mêmes.

Partout des grues géantes pointent leur nez dans le ciel, des terrains jusque-là vagues sont inondés d’immeubles, de nouvelles routes traversent le paysage et on prend, comme si de rien n’était, l’avion pour sillonner le monde.

Nous sommes devenus dépendants, comme drogués, de nos portables, tablettes et écrans et la télévision anime nos jours et nos nuits.

Au regard de tout cela, j’ai la ferme intention de faire trêve, autant que possible, de mondanités et d’addiction à tout ce lourd et finalement encombrant bagage informatique pour lire, méditer et, surtout, entrer davantage en osmose avec la nature et ses innombrables mystères et merveilles que nous ignorons beaucoup trop et qui pourtant sont indispensables pour notre survie et notre paix de l’âme.

Je sors, en écrivant ces lignes, du remarquable documentaire sur le pape François. J’y ai découvert un souverain pontife humble et compatissant qui, à travers tout ce qu’il dit et fait, se soucie de l’état du monde et n’hésite pas à fustiger l’inconscience avec laquelle l’homme met en grave danger sa propre existence et celle de son environnement. Ce sont surtout les images insoutenables de l’extrême pauvreté d’une partie du monde et celles de la maltraitance du monde animal et de la nature qui m’ont fait monter les larmes aux yeux et qui ont nourri mon inquiétude quant à l’avenir de l’humanité.

A tout cela s’ajoutent ces regrettables conflits qui déchirent, détruisent et font fuir et contribuent ainsi à changer la face du monde, un monde que l’homme, par manque de respect de son environnement, par une inéquitable distribution des ressources et par sa course effrénée au gain et au succès, est en train de détruire lentement mais sûrement. Nous qui appartenons tous à la même planète, à la même communauté d’hommes, devrions dès lors tout mettre en œuvre pour réapprendre à être vigilants et à défendre notre monde non seulement contre les forces de la nature qui le menacent mais davantage encore contre la folie des hommes.

Pierre Dillenburg