Vie sauvage

Marie-Anne Lorgé / En vertu de la mécanique céleste et autre équinoxe, ça y est, l’automne qui piaffait sous nos fenêtres depuis des semaines est désormais
raccord avec le calendrier, avec ses poires antioxydantes, ses citrouilles ludiques et ses comas de lumière.

C’est comme ça, ça nous tombe dessus, comme les questions sans réponse, comme le monde qui sans cesse décide à notre place, comme les non-événements, les catastrophes aussi, souvent soudaines, parfois prédictives. Alors quoi? Réponse à choix multiple. Se débrouiller. Enfourcher son vélo – qui, à la première pente raide, va peser un âne mort. Marcher pour s’éloigner d’un point, se rapprocher d’un autre et voir le premier d’une autre façon. Au bout, «une fois que tu n’espères plus rien, ça peut être fantastique». L’écrivain Thomas Gunzig en est convaincu, du coup il convainc Charles, son personnage dans La Vie sauvage, à qui il apprend comment vivre pleinement sa vie. Et ça commence par l’amour, l’assurance qu’«il y aurait toujours la voix de l’autre, le regard de l’autre, la peau de l’autre, les bras de l’autre et que tout ça, contre le malheur, ça ferait comme un toit, ce serait comme un lit, ce serait comme une île». A ce stade, même si on doute que la littérature puisse changer le monde, on se dit que c’est à ce point beau que ça risque d’être vrai.