Vers un réveil syndical? / De l’ecole

On croyait l’association morte des batailles idéologiques et juridiques que menaient les deux clans antagonistes. Or, l’APESS (Association des professeurs de l’enseignement secondaire et supérieur) vient de se doter d’un nouveau comité à l’issue d’élections assez serrées. Même s’il est encore trop tôt pour savoir quel sera à l’avenir l’impact du syndicat dans la profession, il est clair que dorénavant, le ministre de l’Education nationale, Claude Meisch, aura plus de mal à faire passer ses réformes dans le secondaire qu’il n’a pu le faire durant plus d’une année.

Bien sûr, la renaissance de l’APESS arrive un peu trop tard: avec la réforme (très peu transparente) de l’enseignement secondaire votée avant le congé, beaucoup de mal a été fait; un mal qu’il sera difficile de corriger à l’avenir.

Bien sûr, il y avait une organisation syndicale d’enseignants, le SEW-OGBL, qui tout au long de la gestation du projet ne s’est pas privée de manifester ses désaccords avec les textes présentés. Malheureusement, l’organisation est peu représentative dans le milieu des professeurs, et le ministère pouvait manœuvrer à sa guise, sans avoir à craindre de manifestations d’envergure.

Il y a bien un syndicat qui aurait eu les moyens de réagir, à savoir la FEDUSE-CGFP, mais alors que les députés allaient se prononcer sur un texte qui avait un impact important sur la profession, le syndicat s’est tu. On a pu lire l’interview au sujet de la réforme du nouveau président de cette machine à fabriquer des directeurs de lycées; on était en droit de s’interroger sur sa connaissance du dossier. Le seul communiqué dont s’est fendue la FEDUSE-CGFP à cette époque concernait les déclarations que devaient faire les correcteurs de l’examen de fin d’études secondaires pour un gain de quelques euros. Le «communiqué de la rentrée» de la même organisation syndicale va dans le même sens, évoquant «la détérioration de l’image de la profession dans la société» ou la revendication «de revaloriser enfin de nouveau [les] carrières dans le secondaire». Les contenus de la réforme ne sont que très timidement abordés: «Nous attendons avec impatience quels seront les effets et la mise en œuvre concrète du cycle inférieur de l’enseignement secondaire général et nous restons extrêmement sceptiques à ce sujet.»

Face à cet attentisme, le SEW-OGBL est bien plus revendicatif, craignant que les réformes de Meisch ne fassent perdre à l’école publique son rôle de facteur de cohésion sociale; son président n’hésite pas à dire qu’il redoute que certains lycées ne deviennent de véritables ghettos.

La remise en marche de l’APESS devrait donner bien plus de poids à l’insatisfaction face aux réformes que le ministre a fait voter, respectivement à celles qu’il entend encore mener à l’avenir. Le profond sommeil de la FEDUSE-CGFP ne devrait pas non plus résister face à des actions conjointes des syndicats concurrents. Les mois à venir risquent d’être plus difficiles du côté de la rue Notre-Dame.

André Wengler