Varia / coup de cœur

Je ne suis vraiment pas un fan de foot et, contrairement à beaucoup de mes amis, le golf et le tennis m’ont toujours laissé plutôt indifférent. C’est que j’ai d’autres terrains d’intérêt et que je préfère peindre écrire, lire, cuisiner, décorer, organiser.

Je comprends donc mal que l’Allemagne ait cru que la Terre allait s’arrêter de tourner lorsque son équipe de football fut éliminée du Mondial. Toute une nation en pleurs et proche du désespoir! «Sans paroles» a titré le célèbre Bild en lettres géantes, comme le jour, mais cette fois-là fier comme Artaban, où il avait osé prétendre «Wir sind Papst!». Mais, si après la victoire française, même François Hollande a avoué qu’il aimait le football parce que cela le fait vibrer, je n’arrive pas à comprendre qu’on saute en l’air comme une fusée lors d’un but et qu’on se tombe dans les bras dans un état proche de l’hystérie. C’est que le foot est devenu une sorte de combat des arènes des temps modernes où deux adversaires se confrontent avec, heureusement, comme seule arme leur condition physique et leur tactique, en «s’appuyant sur une défense de fer et une attaque de feu»? Et certains joueurs avec leurs opulents tatouages, leurs cheveux hirsutes et leur air farouche ont tout pour faire peur.

Mais il y a parmi les stars du ballon rond aussi des joueurs d’une incroyable générosité en versant une grande partie de leurs primes appréciables à des œuvres de charité, comme c’est le cas du tout jeune
Kylian Mbappé, des Bleus, qui n’a pas que les pieds mais aussi le cœur en or.

Néanmoins, plutôt que de regarder un match, j’ai suivi la retransmission télévisée de l’entrée des époux Veil au Panthéon, une année et un jour après le décès de l’illustre rescapée de la Shoah aux yeux vert jade. Car point besoin d’attendre comme pour d’autres le passage du temps pour mesurer la stature de celle autour de laquelle il y a eu une convergence nationale dès sa disparition.

A chaque fois que la nécropole païenne reçoit de nouveaux héros, la mise en scène est à l’avenant de la solennité de l’événement. En l’occurrence, le bleu était prédominant pour souligner surtout l’engagement européen de l’ancienne présidente du Parlement européen. Sa famille avait tenu à ce qu’elle gagne la nécropole nationale en compagnie de son mari décédé en 2013. Car il fallait que le couple inséparable de son vivant, le reste au-delà de la mort. Le président de la République, sous une photo géante des Veil a fait une fois de plus un discours remarquable dont les bases lui avaient certainement été fournies par ce brillant jeune homme qui, à l’étage, à l’Elysée, dans les coulisses du pouvoir, dirige sa plume avec une rare aisance et un savoir remarquable. Sylvain Fort, grand fan d’opéras et puits de science, a vraiment le nom qu’il mérite. C’est un de ces êtres sur lesquels les fées ont vidé leurs cornes en abondance. Je suis sûr qu’on entendra encore parler de lui.

Quant aux époux Veil – Antoine avait lancé un jour, convaincu que son épouse irait au Panthéon, qu’il serait bien d’y prévoir un lit à deux places – je suis sûr qu’il feront plus d’une fois un brin de causette avec leurs voisins de sarcophage, André Malraux, Jean Moulin, Jean Monnet et René Cassin. Les sujets ne leur manqueront pas, car tous ils avaient l’âpre volonté de combattre pour l’essentiel.

Pierre Dillenburg