Union /Avenir de l’Europe

Jacques Hillion / Il faut une bonne part d’abnégation pour discuter de l’avenir de l’Union européenne dans le cadre de la plateforme Dialogue Citoyen comme l’ont fait le 2 juillet Jean Asselborn et Frans Timmermans, premier vice-président de la Commission. Surtout après l’échec du Conseil européen de la semaine dernière. Ce Sommet, présenté comme celui de tous les dangers, a mis en évidence la crise politique qui secoue l’Europe en s’attaquant à ses propres valeurs. Il a confirmé ce que l’on savait déjà: l’Europe est une forteresse efficace puisque le nombre de migrants ne cesse de diminuer depuis le pic de 2015. Il s’agit maintenant de parfaire le travail en sécurisant ses frontières grâce à l’externalisation des contrôles migratoires dans des pays tiers. De ce point de vue, le dernier Conseil a mis en lumière le poids de cette droite dure qui pèse dorénavant sur le devenir européen. De Rome à Vienne en passant par Budapest, la nouvelle alliance populiste a le vent en poupe. En ce sens, la fragilité de la coalition gouvernementale allemande n’est guère rassurante. La chancelière a dû faire des concessions sur sa droite pour sauver sa coalition. La forteresse que l’Europe a bâtie et qu’elle consolide actuellement est la conséquence de la politique anti-migratoire mise en place au fil du temps. Et si son but était de contrer la vague populiste, elle n’a, finalement, fait que la renforcer. Illustration du repli sur soi, elle risque d’être la fossoyeuse de cette Union.

Parler d’avenir nécessite donc de repenser en termes d’ouverture. Paradoxalement, alors que le débat porte sur des frontières sûres et que le migrant, source de tous les maux, est pointé du doigt, aucune réponse n’est apportée aux causes des migrations. L’aide au développement fait figure de parent pauvre et n’est évoquée que pour faire accepter les points de contrôle migratoire aux pays du Sud. Quant à la résolution des conflits, l’Europe, qui pourrait être une force de paix à hauteur de son poids économique, n’a pas de voix diplomatique faute… d’union. Ce n’est qu’en se renforçant que l’Union européenne pourra non pas combattre les migrations, mais les réguler et les accompagner. A-t-elle d’autres choix? Le coût politique n’est pas seulement celui du repli sur soi. C’est aussi celui des inégalités que l’extrême droite attise. Quant au coût humain, il se mesure en vies perdues. Depuis le début de l’année, 1.000 migrants se seraient noyés en Méditerranée. Ces derniers jours, trois naufrages se sont soldés par près de 180 morts ou disparus.