«Une politique sans culture»

Un nouveau ministre, un secrétaire d’Etat et des assises en été. L’occasion de se demander ce qu’est une politique culturelle.

Force est de constater qu’il n’y a pas de ligne claire et que les moyens ne correspondent pas aux missions.

Propos recueillis par M.M. /Cinq questions à Serge Tonnar, artiste Artiste polyvalent et observateur critique de la scène.490_0008_14203231_09_02_2015_Editpress_006378

En 2008, vous aviez participé à la rédaction du « pacte culturel ». De quoi s’agissait-il?
Serge Tonnar: «Le pacte culturel établi par le forum culture(s) et signé par tous les partis était moins un papier de revendications qu’un contrat d’engagement qui a identifié les défis d’une politique culturelle durable au Luxembourg et proposé des mesures pour faire face à ces défis et œuvrer pour une politique culturelle qui s’inscrive dans un projet de société et qui intègre les objectifs économiques, sociaux, environnementaux et culturels.»
Est-ce que le pacte a eu des suites?
S. T.: «Ce pacte est vite passé aux oubliettes et une vision transversale de la culture, qui traverse tous les secteurs, n’a pas vu le jour. Le gouvernement actuel a cependant déclaré vouloir réaliser les objectifs du pacte.

On attend toujours et la politique culturelle avance à très petits pas. L’organisation d’assises culturelles, promise pour bientôt, pourrait être le début d’un véritable débat.»
Décelez-vous une stratégie du ministère de la Culture?
S. T.: «On déplore toujours un manque flagrant de vision et de stratégie pour une politique de la culture. D’ailleurs, il me semble que les décideurs ne connaissent pas la différence entre culture, art et événementiel. La culture n’est pas une partie de la politique, l’inverse est vrai. La culture est tout ce que nous sommes, la politique fait partie d’elle, tout comme l’économie. Ici, on a l’impression qu’on a une culture sans politique et une politique sans culture, sans parler de l’économie.»

Un terme barbare
Que vous inspire la notion de « nation branding »?
S. T.: «C’est un terme barbare au service duquel devraient se mettre les acteurs culturels. Mais vendre une identité culturelle à l’extérieur présuppose qu’on ait conscience de cette identité et qu’on la cultive activement à l’intérieur du pays. Or, on est loin de cette prise de conscience et on n’a que du vent à vendre, ou alors de la soupe globalisée qui pourrait provenir de n’importe où.»

Comment voyez-vous l’évolution de la scène depuis 1995?
S. T.: «La scène culturelle est orpheline, elle est livrée à elle-même, elle s’autorégule, s’auto-contrôle et s’autofélicite. Elle ne s’intègre pas dans un projet de société, ce projet n’existe pas, on n’a qu’à regarder le projet de la nouvelle Constitution. Les acteurs culturels ont certes connu une professionnalisation exponentielle depuis 1995, mais c’est une évolution d’individus ou de projets ponctuels, il n’y a pas de conscience fédératrice, pas d’effort solidaire, pas d’objectifs communs.»