Une maison «œuvre d’art»

8_0008_175_v0_jerryQuinze artistes occupent la «galerie Bradtke»… avant démolition

Prenez un lieu, l’ancienne vitrerie de l’avenue de la gare à Luxembourg,  plongez-y des artistes trente jours durant et secouez. Emotions.

La galerie Bradtke n’en est pas une – ce fut un magasin, non pas de petits pois mais proche du métier d’art puisque versé dans l’encadrement. C’est un immeuble à étages magnifique, avec un labyrinthe de pièces, de moulures, d’ombres et de débris, arrivé en fin de vie.

Mais l’enterrement n’a pas lieu de suite. Toujours des artistes ont été invités à y perpétrer des actions, certains même y ont leur atelier, y séjournent nuit et jour – c’est aujourd’hui le cas de Nora Wagner, Yann Annicchiarico et du Français Romain Simian.

[cleeng_content id= »719645894″ description= »Pour lire la suite de cet article, vous avez la possibilité de l\’acheter à l\’unité ou via un abonnement » price= »0.49″ t= »article »]Bradtke, qui n’est pas une galerie, n’a à l’évidence jamais cessé d’être une vitrine pour artistes… en mal de galerie; d’ailleurs, hormis Nosbaum, Ceysson et Zidoun, temples consacrés du centre-ville où l’on croise parfois Christian Frantzen, Jean-Marie Biwer, Roland Quetsch ou Martine Feipel, rarement les jeunes artistes ont pignon sur rue – à bien les écouter, c’est Facebook qui leur sauverait la mise.

Mais bref. Une fois encore – et ce sera la dernière –, le propriétaire Michel Bradtke joue au mécène. Souscrivant gracieusement à une aventure collective, sans enjeu commercial et loin des réseaux traditionnels de l’art mais brassant des regards et des questionnements poétiques et politiques.

Voilà. Le projet, simplement baptisé The Project est né, sur une idée de Nora Wagner, qui invite quinze artistes, jeunes et moins jeunes, luxembourgeois mais pas seulement, à travailler sur place.

Lieu de tous les possibles

A cheval sur la performance et l’art en espace (quasi) public, The Project se nourrit de son environnement – matériaux, techniques ou pratiques en témoignent – pour décliner les notions d’«habiter» et d’«occuper un espace»… intime ou sidéral, mental ou physique, clos ou perméable, nomade ou non.

Eminemment évolutif, The Project ne se replie pas sur lui-même ni ne fourbit du clé sur porte. Par deux fois*, le public aura ainsi l’heur de se frotter au «work in progress»: participer à la métamorphose des projets en présence des artistes. Petit guide.

Sur la vitrine, Misch Feinen dessine au feutre noir les contours de la ville. Suivi de Romain Simian qui orchestre un faux chaos à coups d’équerres récupérées – à l’étage, adepte de l’urbanisme utopique/dystopique, Romain hybride des paysages urbains (collages photos et peints). Au rez-de-chaussée, le collectif plante une rondouillarde fusée de carton. Qu’un hypothétique moteur à eau devrait propulser… dans des ailleurs improbables (non loin des nuages bricolés par Sandra Biwer). Trixi Weis y a greffé une station (de contrôle et de commandes). La même Trixi parle aussi d’isolement, elle perce les murs comme un forçat: par tiroir interposé, l’évasion se termine dans la cuisine – notez aussi que Trixi a installé des crayons dans un lycée dudelangeois: c’est une autre histoire, on y reviendra.

Dans la cave, l’iconoclaste Jerry Frantz fabrique des bâtons de dynamite – coutumier des solutions radicales, sachez que Jerry a récemment inauguré à l’Ikob, musée d’Art contemporain d’Eupen, l’ambassade de sa République libre de Clairefontaine conçue en 2007: événement surréaliste à suivre prochainement. Dans le couloir, à défaut de tout faire péter, Max Mertens invente un système de démolition cinétique, avec marteaux et ventilateurs. Il est aussi question d’une sculpture volante de portes, d’une Justine Blau alchimiste qui fait pousser des cristaux. D’un Rafael Springer qui se prend pour Christo, empaquetant tous les objets de sa chambre dans un film plastique – du reste, Rafael expose Coco-Rico au Pavillon du centenaire (galerie Schlassgoart) à Esch/Alzette, jusqu’au 23 novembre.

Quant à Nora Wagner, c’est le monde entier qu’elle fait entrer dans sa chambre, alignant tous les objets qu’elle a collectés dans tous les endroits qu’elle a pu visiter.

De son côté, Sali Muller organise un déménagement, méticuleux, tapissant tout, même l’invisible, de papier journal – on retrouvera Nora et Sali au Salon du CAL, du 15 novembre au 7 décembre. Tant qu’à brouiller le dehors et le dedans, Sté Ternes déplace son lit sur la terrasse et vice versa.

The Project, c’est la joyeuse preuve par quinze d’une créativité contagieuse. C’est aussi une usine à rêves. Et le rêve – que la photographe allemande Caterina Rancho promet de mettre en scène –, c’est un voyage de tous les possibles.

Marie-Anne Lorge

Portes ouvertes: les 15 et 16/11 (projets en cours d’élaboration), les 21 et 23/11: programme de performances – vernissage le 21/11 à 19.00h.

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