Un résident sur cinq menacé de pauvreté

Marc Fassone /Le Statec publie son rapport 2015 sur la cohésion sociale

Dans son étude, l’institut statistique met en exergue le risque accru de pauvreté.

L’occasion ferait-elle le larron? Lors de la journée internationale de la pauvreté, le Statec indique qu’au Luxembourg, le taux de pauvreté et d’exclusion sociale reste stable en 2014, à 19%, bien au-delà de son niveau de 2009. Et la progression de l’emploi intérieur n’y a rien fait.

Pour le Statec – et les offices statistiques européens –, la pauvreté a trois composantes: monétaire, matérielle et la part des personnes vivant dans des ménages à faible intensité de travail. On est pauvre si on appartient à l’une d’entre elles. La pauvreté monétaire est acquise dès lors que les ménages se situent en dessous du seuil de pauvreté monétaire, soit en dessous du seuil de 60% du revenu médian. «En 2014, le taux de risque de pauvreté monétaire est en augmentation par rapport à 2013 passant de 15,9% à 16,4%.» Soit 1.716 euros.

La pauvreté, c’est aussi la privation matérielle «sévère». Constituée dès lors que les conditions de vie sont limitées par un manque de ressources et confrontées à la privation d’au moins 4 des 9 éléments ci-après. Ils ne sont pas en mesure: 1) de payer un loyer, un prêt immobilier ou des factures courantes à temps, 2) de chauffer correctement leur domicile, 3) de faire face à des dépenses imprévues, 4) de consommer de la viande, du poisson ou un équivalent de protéines tous les deux jours, 5) de s’offrir une semaine de vacances en dehors de leur domicile, 6) de posséder une voiture personnelle, 7) un lave-linge, 8) un téléviseur couleur, ou 9) un téléphone. «Le taux des personnes en état de privation matérielle sévère se tasse de 1,8% en 2013 à 1,4% en 2014. C’est un des taux les plus bas des pays de l’Union européenne.» Pour ce qui est de l’intensité du travail, on la calcule comme touchant les personnes âgées de 0 à 59 ans – hors étudiants – vivant dans des ménages dans lesquels les adultes (âgés entre 18 et 59 ans) ont utilisé en moyenne moins de 20% de leur potentiel total de travail au cours de l’année passée. «En 2014, le taux des personnes vivant dans des ménages à très faible intensité de travail se réduit à 6,1%, contre 6,6% en 2013.»

Avis de mieux

Au final, le taux de risque de pauvreté et d’exclusion sociale reste donc stable malgré l’augmentation du taux de risque de pauvreté monétaire. Les ménages perçoivent néanmoins une diminution de leurs difficultés. Ainsi, en 2014, ils étaient 26% à affirmer avoir des difficultés à joindre les deux bouts, contre 28% en 2013. Loin du niveau de 19% de 2003.

Depuis le début de la crise, le niveau de vie stagne. Même si on relève un redressement en 2014. Ainsi, la progression nominale du revenu médian depuis la crise n’a pas permis de compenser l’inflation. Avec, à la clé, une baisse de 5% du pouvoir d’achat. 2014 est même la première année depuis la crise où l’on constate une progression du pouvoir d’achat, de 2,4%. Autre embellie: les revenus du travail constituent les deux tiers du revenu global des ménages. Depuis 2013, le salaire moyen en termes de pouvoir d’achat est à la hausse.

L’emploi ne fait donc pas tout pour réduire les inégalités. Malgré, là aussi, un contexte positif pour ce dernier. Depuis 2008, le nombre d’emplois a progressé de 18%, soit une progression moyenne de 2,1% par an. Sur la période 2000-2008 – avant la crise donc –, on était sur un rythme de +3,4%. A titre de comparaison, les taux de progression de la zone euro sont de -0,3% et +1%. Depuis la crise, la part des frontaliers dans l’emploi s’est stabilisée à 42%. Par contre, le taux d’emploi des résidents progresse sur un an, passant de 71,1 à 72,1%. En 2000, le curseur était à 67,5%. Ce bond est dû à la progression de l’emploi féminin qui est passé en quinze ans de 53,8% à 65,5%. Pour les hommes, l’heure est au tassement, aux alentours de 78%.

Le chômage – selon les normes BIT – reste à 5,9%. Seules l’Allemagne (5,1%) et l’Autriche (5,7%) font mieux. Mais dans un contexte démographique différent. Pour être complet, le Statec indique que les 10% des ménages les plus aisés perçoivent 22% des revenus, tandis que les 10% des ménages les moins aisés ne touchent que 3% de ces mêmes revenus.