Un petit peu de tout

Andre Wengler / Ces derniers temps, Claude Meisch accumule les annonces, comme s’il voulait faire oublier ses démêlés avec le corps enseignant. Le risque est que certains sujets, intéressants en soi, ne retiennent que trop peu l’attention. Ainsi, savez-vous ce qu’est l’EIDD? Celui qui n’est pas expert en éducation ignorera certainement que ce sigle constitue la dénomination de l’Ecole internationale de Differdange.

Que le ministre soit fier de présenter les grandes lignes caractérisant l’école qui se situera sur le territoire de la commune dont il fut le bourgmestre n’est que normal. On doit cependant revenir sur la chose pour d’autres raisons, car l’EIDD sera fondamentalement différente des autres écoles du Grand-Duché.

En effet, on y retrouvera un peu de tout: école européenne réunissant primaire (le mot existe donc encore dans des textes officiels luxembourgeois!) et secondaire, classes d’accueil, voie préparatoire. Le mélange des classes les plus élitaires avec celles où l’on retrouve les plus faibles, prendra-t-il? Tout pronostic me paraît difficile.

Le programme linguistique de l’école, c’est aussi un petit peu de tout: deux sections linguistiques (l’une anglo-, l’autre francophone), l’arrivée du portugais comme pouvant être enseigné en tant que langue maternelle, «n’importe quelle langue européenne» comme quatrième langue optionnelle, le luxembourgeois oral comme «langue d’intégration». Cela fait beaucoup, et je m’interroge sur la faisabilité du projet. Tous les choix offerts théoriquement ne pourront sans doute pas être organisés dans la pratique. Si, par exemple, un seul élève demandait l’enseignement du maltais en option, je ne crois pas qu’il pourrait être accédé à sa demande.

D’autre part, certaines hypothèses émises lors de la conférence de presse me semblent trop complexes.

En théorie, il serait possible qu’un petit Luxembourgeois de 6 ans suive des cours de français langue étrangère et, simultanément, soit confronté à l’enseignement de toutes les matières non linguistiques en français. S’il n’est pas doté, au départ, d’un solide bagage linguistique en français, l’essai me paraît voué à l’échec. Le cours «section langage» dont parle la proposition ministérielle devrait compliquer encore davantage la chose.

Peut-être que ce jonglage avec les niveaux de langue ne constitue qu’une sorte d’alibi pour cacher que cette école n’est pas faite pour de jeunes Luxembourgeois, à moins qu’ils aient parlé le français ou l’anglais à la maison.

Je me demande d’ailleurs si les jeunes Portugais (malgré la présence d’un cours de portugais, langue maternelle) seront beaucoup mieux lotis; leur niveau de maîtrise du français sera-t-il suffisant pour suivre un enseignement des maths dans cette langue? J’aurais tendance à ne pas le croire.

Je ne pense donc pas vraiment que l’EIDD «ciblera prioritairement les jeunes de Differdange et de la région du sud du pays», mais qu’une autre phrase du ministre compte bien plus: «Une offre scolaire de qualité est un élément important dans la décision d’une entreprise, d’un investisseur étranger ou d’experts internationaux pour s’installer… à Luxembourg.» Si l’argument peut être défendu, j’aurais pourtant préféré qu’on appelât un chat un chat.

 

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