Un foyer pour réfugiés à Esch: Entre inquiétude et solidarité

Photo: Editpress / François Aussems

Les gens se pressent vers la salle de séance, au premier étage de l’Hôtel de Ville de la Métropole du fer. Ce 1er février une séance d’information doit donner plus de détails sur l’accueil de 300 réfugiés dans le quartier Neudorf. « Un quartier très à gauche » confie fièrement un riverain.

La bourgmestre Véra Spautz prend le micro, à ses côtés, le ministre de l’Intérieur, Dan Kersch et des représentants des administrations de l’Intégration, de l’Education, de l’Immigration et la police.

La genèse du projet, explique-t-elle, remonte au mois de novembre 2015, quand le Haut commissariat à la protection nationale a pris contact avec la commune d’Esch-sur-Alzette, sans avoir encore de terrain précis en vue. C’est chose faite le 21 janvier: Le gouvernement a retenu le site du quai Neudorf.

Esch accueille déjà des réfugiés

« Nous avons pu exprimer nos exigences» se réjouit Véra Spautz, qui rappelle avec insistance qu’Esch accueille déjà des réfugiés depuis plus de dix ans. Dans un foyer près du café Pitcher, 70 à 90 hommes seuls y sont hébergés et « n’ont pas été encadrés jusque-ici comme nous l’aurions voulu » déplore la bourgmestre. « Les agents de sécurité à la porte étaient plus ou moins le seul encadrement ».

La salle plénière de l'Hôtel de Ville est remplie jusqu'au dernier rang. Photo: Editpress / François Aussems
La salle plénière de l’Hôtel de Ville est remplie jusqu’au dernier rang. Photo: Editpress / François Aussems

Cette perspective de structure d’accueil «supplémentaire» a permis de débloquer les choses. Depuis le 1er janvier 2016 Caritas a ainsi pris en charge le foyer près du Pitcher avec deux éducateurs et parle dans la foulée de rénovation.

La commune a aussi insisté pour que la nouvelle structure héberge des familles avec enfants. L’idée étant de profiter de l’école de quartier en face pour y scolariser directement les enfants des demandeurs de protection internationale (DPI). «Nous ne savons pas encore qui viendra, avec quels enfants, de quel âge. C’est impossible à prévoir », convient la bourgmestre. Mais les discussions pour agrandir l’école – qui comprend trois petites classes pour l’instant – commencent déjà. Un module accolé est évoqué, « pour que les enfants se côtoient ».

Sur le quai Neudorf, l’Etat érigera un foyer d’accueil d’urgence pour cinq ans « avec la possibilité, sous conditions, de garder les modules », éventuellement pour les utiliser comme logements sociaux. « On verra dans cinq ans. »

Rumeurs démenties

«Cette nouvelles structure, avec le foyer près du Pitcher, seront les seules» insiste soudain Véra Spautz. Il n’est pas question de loger des réfugiés dans une maison près de la caserne des pompiers. «On l’a envisagé, un moment, mais l’idée a été abandonnée». Rumeur encore, la réquisition du marché couvert. «Il a bien été loué par l’OLAI, mais comme entrepôt» pour les meubles, vêtements, vélos… issus de l’élan de solidarité de la population luxembourgeoise.

Un élan qui se retrouve, en partie, dans la salle, très partagée ente inquiétude sécuritaire et envie d’aider.

Le ministre de l'Intérieur défend patiemment la politique gouvernementale. Photo: Editpress / François Aussems
Le ministre de l’Intérieur défend patiemment la politique gouvernementale. Photo: Editpress / François Aussems

Le président du syndicat de quartier formule ses craintes. « Quand le Fonds du logement voulait viabiliser le terrain, la bourgmestre (NDLR: Lydia Mutsch à l’époque) a dit que le quartier ne supporterait pas une telle augmentation de population ». Pourquoi est-elle d’accord aujourd’hui? Ne vaudrait-il pas mieux envisager des structures plus grandes, centralisées de plusieurs milliers de personnes, éloigné de la population locale?

A l’opposé, une jeune femme qui plaide pour des unités plus petites. Qu’en est-il de la qualité de vie sur cette bande de parking le long de la route très fréquentée, coincé contre le Galgenberg? «Le gouvernements précédents n’ont pas réussi à mettre un tel système sur pieds, nous non plus» admet Dan Kersch. Aujourd’hui, il faut directement voir plus grand.  «Mais nous ne voulons pas aller au-delà de 300 personnes» même si c’est plus cher que de faire encore plus grand.

Encore à la recherche de terrains

Le ministre a précisé que le gouvernement continue de chercher des terrains, après Diekirch, Steinfort, Mamer, Junglinster, Marnach… et Esch. Des discussions sont ainsi en cours à Mondercange.

A Sanem, 83 DPI  logeront dans une ancienne maison de retraite. A Differdange, le Centre Nopeney ouvrira ses portes. A Dudelange, un structure sera fonctionnelle dès le mois de mars.

Qu’en est-il du logement social en souffrance dans la Métropole du fer?, s’indigne un autre mécontent, qui décrit les maisons délabrées « avec 7 ou 8 boites aux lettres ».

Le ministre de l’Intérieur rappelle la subvention de loyer qui profitera à 19.000 familles pour se loger correctement et que le budget de l’Etat pour le logement social n’a jamais été aussi haut.

Comment occuperont-ils leur temps?

Les habitants du quartier Neudorf sont venus en nombre. Photo: Editpress / François Aussems
Les habitants du quartier Neudorf sont venus en nombre. Photo: Editpress / François Aussems

« Je ne sais pas combien de gens viendront » répond-il à un jeune homme qui aimerait aborder les limites des capacités d’accueil. Pour le ministre socialiste « la meilleure garantie est de mettre fin au conflit en Syrie ».

Comment occuperont-ils leur temps pendant neuf mois avant de pouvoir travailler? s’inquiète un homme. La représentante de l’Olai promet des cours de langue, la prise en charge par des assistants sociaux et des éducateurs. La commune a d’ailleurs anticipé la question en créant un  groupe de travail depuis six mois avec la commission à l’égalité des chances, le sport, la culture, 3e âge… pour élaborer des projets d’accueil.

Un habitant du quartier Neudorf tient à relever la tradition de solidarité avec les plus faibles de sa ville et appelle à fonder une initiative citoyenne pour préparer la venue des nouveaux habitants en 2017.

Il est rejoint par une enseignante qui, dans une intervention émouvante, parle d’«une chance de rendre un peu de ce que nous avons reçu», que ce soient nos aïeux immigrés ou cachés pendant la guerre. « Pour moi, c’est l’occasion de sortir de ma zone de confort. »

Laurence Harf

Lire aussi: Esch-sur-Alzette: Un centre pour 300 réfugiés pas comme les autres (22.1.2016)

Réfugiés: Dan Kersch est en tournée (22.9.2015)

Le gouvernement prévoit un «budget illimité» pour loger les moins nantis et les réfugiés (4.12.2015)

Réfugiés: «S’il s’agissait de 1.500 Portugais, Italiens ou Français, nous n’aurions pas cette discussion!» (2.11.2015)

1 commentaire

  1. On a 2 enfants qui
    sont scolarisé à L’école Européenne de Mamer. En étant pas des fonctionnaires
    EU nous payons un peu plus de 5000 EUR par an. L’année prochaine le Gouvernement
    va construire un village de containers pour réfugiés à côté de l’école. L’Ecole
    européenne va instituer 2 classes pour les enfants des réfugiés (1 classe
    primaire et 1 classe secondaire), l’école sera gratuite pour les réfugiés. C’est une décision unilatérale sans avoir
    consulté les parents. La cantine va changer (pas de viande de porc), il y aura
    le cour de religion musulmane, le port du voile sera autorisé à l’Ecole européenne.

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