Un fil

Marie-Anne Lorge /Dehors, il fait rose et jaune – il est «printemps + 10». Et pourtant, je me lève groggy. Debout, donc, mais nauséeuse. Comme sous l’effet d’une gueule de bois. Ou sous le coup d’un gros bourdon qui cogne du côté du cœur – déjà dix jours que des attentats ont réduit des vies en lambeaux…

Dans le chaos des heures, comme tout le monde, il m’a fallu jouer le jeu. Celui de l’innocence capable de ramasser dans le pré des œufs pondus par des cloches et de courir après de faux lapins blancs impunément gourmands – du reste, pourquoi du chocolat à Pâques?

Et comme pour tout le monde, avant et après la table et son gigot, il a fallu du silence et du bruit. Un besoin de musique, de paroles et du «doux murmure des baisers». Comme si le beau était inévitable… après l’horreur.

Tout ne tient jamais qu’à un fil. C’est aussi la leçon d’avril, un mois réputé frileux mais, pour la cause, heureusement coupable de bourgeons.