Un Dieu assassin à la une du numéro anniversaire de Charlie Hebdo

En mémoire de l’attentat du 7 janvier, Charlie Hebdo sort mercredi un numéro spécial avec en une un Dieu barbu, armé d’une kalachnikov et à l’habit ensanglanté, sous ce titre : « 1 an après, l’assassin court toujours ».

Ce numéro doit être tiré à environ 1 million d’exemplaires, dont des dizaines de milliers d’exemplaires expédiés à l’étranger. Il comprend un cahier de dessins des disparus – Cabu, Wolinski, Charb, Tignous, Honoré– et des contributeurs extérieurs dont la ministre de la Culture Fleur Pellerin, des comédiennes comme Isabelle Adjani, Charlotte Gainsbourg, Juliette Binoche, des intellectuels comme Élisabeth Badinter, la bangladaise Taslima Nasreen, l’américain Russell Banks, et le musicien Ibrahim Maalouf.

Le dessinateur Riss, patron du journal, grièvement blessé le 7 janvier, y signe un éditorial rageur pour défendre la laïcité et dénoncer les « fanatiques abrutis par le Coran » et « culs-bénits venus d’autres religions » qui avaient souhaité la mort du journal pour « oser rire du religieux ». « Les convictions des athées et des laïcs peuvent déplacer encore plus de montagnes que la foi des croyants », dit-il. « En 2006, quand Charlie publia les caricatures de Mahomet, personne ne pensait sérieusement qu’un jour tout ça finirait dans la violence. (…) On voyait la France comme un îlot laïc, où il était possible de déconner, de dessiner, de se marrer, sans se préoccuper des dogmes, des illuminés », écrit Riss. « Dès cette époque, beaucoup espéraient qu’un jour quelqu’un viendrait nous remettre à nos places. Oui, beaucoup ont espéré qu’on se fasse tuer. TU-ER », poursuit-il, en rappelant la fragilité du journal, submergé de procès. « A l’issue de chaque année, nous nous émerveillions d’être toujours en vie », se souvient Riss. « Un mois avant le 7 janvier, je demandais à Charb si sa protection avait encore un sens.

Les histoires de caricatures, tout ça, c’était du passé (…) Mais un croyant, surtout fanatique, n’oublie jamais l’affront fait à sa foi, car il a derrière lui et devant lui l’éternité (…) C’est l’éternité qui nous est tombée dessus ce mercredi 7 janvier ». « Ce matin-là, après le bruit assourdissant d’une soixantaine de coups de feu tirés en trois minutes dans la salle de rédaction, un immense silence envahit la pièce », raconte-t-il. « J’espérais entendre des plaintes, des gémissements. Mais non, pas un son. Ce silence me fit comprendre qu’ils étaient morts ». « Et lorsque enfin un pompier m’aida à me relever, et après avoir dû enjamber Charb allongé à mes côtés, je m’interdis de tourner la tête vers la pièce pour ne pas voir les morts de Charlie.

Pour ne pas voir la mort de Charlie« . « Comment faire le journal après tout ça ? C’est tout ce qu’on a vécu depuis vingt-trois ans qui nous en donne la rage », affirme-t-il. « Ce ne sont pas deux petits cons encagoulés qui vont foutre en l’air le travail de nos vies ». « Ce n’est pas eux qui verront crever Charlie. C’est Charlie qui les verra crever ».

afp

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