Tusk s’oppose au gazoduc Nord Stream 2 dans une lettre à Juncker

Le président du Conseil européen Donald Tusk a estimé que le projet controversé de gazoduc Nord Stream 2 entre la Russie et l’Allemagne ne servait pas « les intérêts européens », dans une lettre au président de la Commission, consultée mercredi par l’AFP.

« Mon point de vue sur ce projet est négatif », écrit M. Tusk à Jean-Claude Juncker dans cette lettre non datée. « Il nous rendra plus dépendant de l’approvisionnement russe » et « renforcera la position (du géant gazier russe) Gazprom comme fournisseur de gaz dominant au sein de l’UE », détaille le dirigeant polonais. « Pour résumer, cela ne servira pas les intérêts européens. »

Le projet Nord Stream 2, qui divise les Européens, doit venir doubler d’ici la fin 2019 les capacités de son grand frère Nord Stream 1, et permettre à plus de gaz russe d’arriver directement en Allemagne, via la mer Baltique, donc sans passer par l’Ukraine.

Défendu par Berlin, le projet est vivement critiqué par plusieurs pays de l’est de l’Europe, Pologne en tête, dans un contexte de tensions géopolitiques entre l’Union européenne et Moscou depuis le conflit ukrainien de 2014. Interrogée sur la position hostile de M. Tusk, la Commission européenne avait répondu mardi qu’elle ne pouvait « pas prendre de décision arbitraire favorisant un projet ou en bloquant un autre, sur la base de préférences ». « Nos décisions doivent être basées sur la loi et rien d’autre, sinon elles seraient attaquées en justice », avait déclaré un porte-parole. Il avait précisé que la Commission travaillait « actuellement sur un cadre juridique pour garantir que la construction d’une infrastructure aussi importante ne se produise pas dans un vide juridique ». Ce texte « sera présenté au Conseil (représentant les Etats membres) pour adoption dans les jours à venir », avait-il ajouté. Le financement de Nord Stream 2, évalué à 9,5 milliards d’euros, a été bouclé fin avril. Gazprom en sera le seul actionnaire, tandis que ses partenaires – le français Engie, les allemands Uniper (ex-EON) et Wintershall (BASF), l’autrichien OMV et l’anglo-néerlandais Shell – en financeront la moitié à parts égales. Chacun des cinq industriels européens contribuera ainsi à hauteur de 950 millions d’euros