Tsumé, toutes griffes dehors

Aucun droit à l'erreur pour le peintre, la pièce maîtresse – «le master» – doit être irréprochable pour être approuvée

La PME de Sandweiler est déjà une référence sur le marché de la statuette de collection.

Implantée au Grand-Duché depuis près de trois ans, Tsumé – griffe en japonais – conçoit et produit des statuettes en résine et en PVC destinées principalement aux fans de mangas japonais.

Si l’atmosphère se veut ludique lorsque l’on pénètre dans les locaux de la société Tsumé à Sandweiler – a fortiori un jour de portes ouvertes, ce 13 septembre – produire des statuettes de héros de mangas japonais n’a rien d’un jeu et le gérant de cette PME qui emploie neuf personnes, Cyril Marchiol, le sait mieux que quiconque.

Originaire de la Moselle française, l’homme est de longue date un passionné de jeux, revues et dessins animés japonais. Il exerce d’ailleurs différents jobs en rapport avec cet univers manga, dont la vente de figurines.

Le déclic, un cheminement personnel en fait, ne se fait pas attendre: «Un beau jour, en 2010, Cyril m’a dit que les statuettes, il voulait les fabriquer lui-même et mener enfin sa propre barque», raconte Sabrina Marchiol, son épouse et précieuse collaboratrice administrative. «Nous avons engagé tout ce que nous avions et après un séjour au Japon, Cyril est revenu avec une licence ouvrant le droit à une première production de statuettes.» Une étape décisive.

Pour lancer son activité, Cyril Marchiol n’a pas hésité longtemps avant de s’établir au Grand-Duché. «Les conditions de création d’une entreprise sont infiniment plus avantageuses au Luxembourg. Ici, nous avons trouvé une écoute, un intérêt et des aides qui nous ont grandement facilité la tâche», explique Sabrina Marchiol qui rend hommage au soutien financier que lui apportent notamment la BIL, Fortuna Bank et l’office du Ducroire.

[cleeng_content id= »693594159″ description= »Pour lire la suite de cet article, vous avez la possibilité de l\’acheter à l\’unité ou via un abonnement » price= »0.49″ t= »article »]«L’objet de notre business, à la base, peut susciter des doutes dans la tête de financiers purs et durs, or nos interlocuteurs, ici, ont pris le temps d’étudier notre projet et finalement de nous suivre», se réjouit Luc De Ribeiro, chargé des relations publiques et lui aussi grand connaisseur du pays du Soleil-Levant.

L’équipe s’étoffe peu à peu et ce sont aujourd’hui neuf personnes qui s’activent pour concevoir et créer les statuettes manga dont Tsumé est parvenu à acquérir les droits auprès d’«ayants droit» principalement japonais. Cette première étape s’avère aussi compliquée qu’indispensable, «car ces ayants droit – souvent des producteurs de dessins animés – sont très sollicités et leur niveau d’exigence est toujours très élevé», témoigne Cyril Marchiol, qui estime entre dix et quinze mois la période qui s’écoule entre l’acquisition d’une licence et la production effective des statuettes.

Grandir encore

Lui-même et son «brand manager», Patrick Grange, ont donc l’impérieux devoir d’effectuer les bons choix, de sélectionner les meilleures gammes de personnages, «celles que nos clients ont envie d’acheter et de collectionner», ajoute Sébastien Agogué.

Entrent alors en piste les sculpteurs 3D de Tsumé dont le rôle est capital puisqu’il s’agit de la création du «master», la pièce en résine de référence, qui servira d’unique modèle aux ateliers de production. «Leur créativité, leur précision relèvent autant de la technique que de l’art», insiste Cyril Marchiol qui sait l’importance d’un master irréprochable pour obtenir le feu vert «production» des ayants droit.

«La statuette doit d’abord être parfaitement fidèle au héros de la bande dessinée ou du dessin animé, ensuite, il s’agit de créer une scène, une posture et des couleurs qui plaisent à nos clients», explique Sébastien Agogué.

La mise en couleur justement, autre étape sensible et délicate de la création, est l’œuvre du peintre Guillaume Hémery. «Là encore, les ayants droit se montrent extrêmement pointilleux sur la fidélité et la qualité des couleurs», témoigne Cyril Marchiol qui sait qu’un master refusé équivaut à une perte de temps, et donc d’argent. L’approbation finale de la pièce maîtresse permet enfin la production des statuettes en résine – les plus belles et les plus chères (de 250 à 500 euros la pièce) – ou en PVC (entre 45 et 80 euros selon les modèles).

«Nos produits en résine – qui bénéficient du label HQS (standard de haute qualité) – sont limités en nombre et numérotés, c’est un critère essentiel pour les collectionneurs», souligne Sébastien Agogué.

D’où la grande attention apportée au contrôle qualité des statues qui, pour le moment, sont produites dans des ateliers spécialisés à Shenzhen, en Chine. «A moyen terme, nous aimerions rapatrier notre production en Europe mais aujourd’hui, pour des raisons économiques principalement, nous n’avons pas le choix», constate Luc De Ribeiro, qui n’élude pas les soucis logistiques – comme la casse – inhérents à une production délocalisée.

«Nous sommes très vigilants et si l’on se réfère au succès de nos produits et au nombre croissant de nos clients – notamment via notre site www.tsume-art.com –, la réputation de Tsumé ne cesse de s’étoffer. Le marché français et européen n’est qu’un début, nous aspirons à acquérir des licences mondiales pour parvenir à distribuer nos produits sur les cinq continents», assure Cyril Marchiol.

L’aventure Tsumé ne fait visiblement que commencer et les investisseurs potentiels sont les bienvenus pour croître et prospérer…

Rachid Kerrou[/cleeng_content]