Trois déceptions /«Logan Lucky», «The Killing of a Sacred Deer» et «Le Fidèle»

Misch Bervard / Une semaine cinéma qui s’annonçait particulièrement intéressante s’avère riche en déceptions. Brève analyse de trois exemples.

Parfois, les nouvelles sorties de films sont tellement prometteuses que l’on se dit qu’il sera difficile de décider d’en privilégier une, et donc d’en sacrifier plusieurs. Cette semaine, quatre films étaient a priori «éligibles» pour un article, à savoir The Killing of a Sacred Deer de Yorgos Lanthimos, Le Fidèle de Michaël R. Roskam, Logan Lucky de Steven Soderbergh et D’après une histoire vraie de Roman Polanski. Au vu des critiques internationales destructrices, nous avons décidé de ne pas accorder la priorité à ce dernier, que nous n’avons donc pas encore eu l’occasion de voir au moment de la rédaction de ce texte. Malheureusement, les trois autres n’ont pas manqué non plus de nous décevoir, ceci peut-être à cause des espérances un peu trop optimistes à leur encontre.

Logan Lucky se présente comme une version loser de la série des Ocean’s 11, 12, 13. C’est donc ici un groupe de «hillbillies» qui réalise un hold-up sur un circuit de courses NASCAR en Caroline du Nord. A l’instar de ses trois films à succès, Soderbergh réunit une fois de plus une équipe d’excellents acteurs principaux et secondaires, cette fois autour de Channing Tatum. Tous les ingrédients, y compris la musique funky de David Holmes, sont réunis pour réaliser un spin-off sympa et encore plus décalé que la série d’origine. Mais malheureusement, cette fois, la sauce ne prend pas vraiment, surtout pendant la phase de préparation du coup, c’est-à-dire les trois premiers quarts du film. C’est surtout l’évasion de prison de Joe Bang, l’expert en explosifs (Daniel Craig), qui s’éternise en d’interminables actions et intrigues secondaires inutiles.

The Killing of a Sacred Deer, le deuxième long-métrage en langue anglaise (après The Lobster en 2015) du Grec Yorgos Lanthimos, est certainement beaucoup plus maîtrisé et original, des points de vue artistique et narratif. Le réalisateur réutilise Colin Farrell comme acteur principal, pour interpréter cette fois le rôle d’un chirurgien qui prend sous son aile un adolescent dont le père est décédé quelques années auparavant lors d’une de ses opérations. On comprend rapidement que le passé d’alcoolique du Dr. Murphy n’était pas étranger à ce décès, et l’on observe avec grande appréhension la façon dont le jeune Martin s’immisce de plus en plus dans la vie et la famille du médecin.

De par sa forme, le film est un thriller, voire un film d’horreur, à la froideur extrême, magistralement (mais discrètement) filmé avec une caméra quasi immobile et monté avec la précision d’un scalpel stérile. Le problème est que pour Lanthimos, cette histoire n’est qu’un véhicule pour sa vision personnelle du monde, à laquelle on accrochera ou pas.

Il faut en effet accepter la prémisse que le protagoniste puisse se racheter de la faute commise en tuant un membre de sa propre famille. Ce n’est décidément pas notre cas et voilà pourquoi le climax du film, un hybride de colin-maillard et de roulette russe, tourne pour nous au grand-guignol, nous fait quitter la salle en pensant simplement: WTF (c’est quoi ce bordel)? Le plus beau moment du film reste certainement l’interprétation a cappella de la chanson Burn par la fille de Murphy (Raffey Cassidy).

Retour aux circuits de courses de voitures, belges cette fois-ci, avec Le Fidèle. Le réalisateur Michaël R. Roskam retrouve lui aussi l’acteur fétiche de ses films précédents, notamment de Bullhead (2011). Matthias Schoenaerts interprète ici le voyou et braqueur de banques Gigi qui tombe amoureux de la pilote automobile Bibi (Adèle Exarchopoulos).

Annoncé comme un thriller romantique noir, ce qui aurait pu être une très originale histoire d’amour et d’amitié dans deux milieux différents à haut niveau d’adrénaline – et sur fond de petite bourgeoisie belge – devient un mélodrame inutilement long et prétentieux. C’est surtout après l’élimination du personnage féminin que le film perd tout son intérêt et ne fait plus qu’énerver le spectateur avec un épilogue brutal et non nécessaire, mais qui était téléphoné depuis les premières minutes du film.