Un travail pédagogique / Memoshoah Luxembourg

Claude Marx, co-président / Le regard que l’on peut jeter au travers des informations reçues à jet continu et en temps réel sur nos médias divers, variés, nombreux et parfois crédibles ne permet pas vraiment de s’abandonner à un optimisme délirant.

Si la nature profonde de l’homme n’a guère varié depuis ses origines, si ses pulsions, ses aspirations, ses ambitions de pouvoir sont restées identiques depuis qu’existe une forme de société, les formes policées des comportements intervenues au cours des âges n’ont jamais empêché les explosions d’inhumanité.

Ce qui, en revanche, suivant le fil exponentiel des nouvelles technologies, a prodigieusement modifié nos conduites sociales est l’irruption dans notre quotidien des médias d’information avec tout l’inévitable cortège de la désinformation, puis, de la manipulation.

Si la radio de Goebbels innovait intelligemment dans le domaine de la propagande politique et militaire, si la radio des Mille Collines fut l’arme la plus efficace des génocidaires rwandais avant de laisser la place aux machettes, c’est bien au vu des reportages télévisés qu’en 1989 survint à Timisoara ce modèle de fake news, cas d’école encore aujourd’hui pour les journalistes.

Si la domination berlusconienne sur l’appareil médiatique italien avait en quelque sorte conditionné en son temps la politique et le langage et influencé ses options sociales et culturelles, cette mainmise sur une démocratie ne serait plus possible aujourd’hui, tant est devenue déterminante l’influence des réseaux sociaux.

Il suffit de jeter un regard sur certains sites d’information continue apparaissant sur nos écrans pour prendre conscience du danger que représentent l’immédiateté, la volatilité d’informations contradictoires apparaissant successivement, et leur manque de crédibilité, un contrôle des sources fiables – qui prend du temps – devenant impossible pour tout journaliste professionnellement consciencieux.

Les réseaux sociaux ayant joué et jouant encore en certaines circonstances un rôle positif efficace lors de revendications populaires ou même révolutions, le crédit qui leur est accordé tend à faire oublier les dangers qu’ils représentent lorsqu’ils sont employés par des organismes malveillants comme vecteurs amplificateurs d’informations fausses ou tronquées dans une optique de formatage et de manipulation. Le regard fixé sur leurs écrans, nos contemporains, les jeunes en particulier, ne perdent plus leur temps à comparer, à vérifier, à tenter de séparer dans la presse écrite le bon grain de l’ivraie, à puiser dans les bibliothèques l’information fiable. L’esprit critique se noie dans les écrans.

La fastidieuse vision quotidienne du télescopage des violences dans le monde les banalise et notre regard devient indifférent.

La parole se libère et la multiplication d’informations ou d’images sciemment détournées ou manipulées tendent à rendre acceptables les plus énormes contre-vérités, à proposer, sinon à imposer les plus invraisemblables thèses complotistes.

Que ce soit dans notre fragile Europe démocratique où apparaissent des fissures destructrices ou sur les autres continents, les tireurs de ficelles professionnels tablant sur les frustrations, les fantasmes et les humiliations, dans une ombre confortable, peuvent impunément insuffler leur venin.

Qu’ils soient d’origine économique ou politique, les phénomènes migratoires suscitent l’émergence de régimes populistes identitaires dont les fonds de commerce reposent sur la peur et le rejet de l’autre. Il suffit alors de désigner par tous les moyens médiatiques disponibles les responsables de difficultés économiques, sociétales ou politiques et d’en faire les boucs émissaires. Que ce soient des minorités ethniques étrangères, ethniques ou religieuses, il suffit qu’elles soient différentes de la majorité locale, le processus est bien rôdé: marginalisation, puis exclusion ou destruction.

Le paradigme du système est incontestablement cette construction issue de l’idéologie démente qu’est la Shoah. Cet assassinat collectif mené
à l’échelle artisanale d’abord puis industrielle ultérieurement trouve ses sources dans une situation économique désastreuse de l’Allemagne humiliée par le traité de Versailles en 1919, étranglée par la crise financière de 1929. Le bouc émissaire fut le juif, cible de toujours de l’antisémitisme allemand.

Avec la disparition des témoins porteurs d’un matricule d’Auschwitz, c’est tout un pan de la mémoire collective qui disparait, laissant la place aux négationnistes et révisionnistes de tout poil.

L’Association Memoshoah s’est donnée comme objectif de combattre toutes les formes de racisme, d’antisémitisme, de xénophobie d’homophobie, de crimes contre l’Humanité. Au travers d’un travail de mémoire sur la Shoah, Memoshoah démonte, explique les mécanismes pouvant mener à des situations similaires à la Shoah, et met en garde contre tout signe d’émergence d’un tel danger. L’essentiel de son action réside dans un travail pédagogique de fond tourné vers les écoles et lycées mais également vers la société civile au travers de conférences et d’expositions.