Transparence / Paradise Papers

 Jacques Hillion / Après les LuxLeaks, les SwissLeaks et les Panama Papers, voici donc les Paradise Papers. Les nouvelles révélations du Consortium international des journalistes d’investigation font ainsi état de 350 milliards d’euros qui échappent aux Etats, à l’impôt et aux taxes. Le tout de manière légale en jouant – non sans talent, il faut bien le reconnaître – sur les failles du système fiscal international.

Cette légalité n’est toutefois qu’un masque qui peine à cacher l’immoralité de ces pratiques réservées aux multinationales et à quelques très riches individus. Comble du cynisme, parmi ces derniers figurent un chef d’Etat et l’un ou l’autre politique. Si l’avidité est un puissant moteur, il n’en demeure pas moins que se dérober à l’impôt revient à refuser de participer à la redistribution et au bien-être de la collectivité. Vendre des chaussures sans apporter son écot au financement des trottoirs sur lesquels elles s’useront est un sacré pied de nez.

Ces pratiques épuisent les services publics. Elles nourrissent également l’injustice et les inégalités et donc, en poussant la logique jusqu’au bout, les populismes. Ceux-là même qui sont tant décriés d’élection en élection, mais que l’on n’arrive pas à déstabiliser et encore moins à éradiquer.

Il ne faut pas se leurrer, ce sont bel et bien nos démocraties qui sont ainsi mises en péril. Parce que la parole politique perd de son poids. Comment peut-elle être en effet chargée de conviction, porteuse d’espoir quand elle est sans cesse remise en question par l’appât du gain?

Mais aussi parce que la confiance qui cimente nos sociétés se retrouve ainsi sapée. Le fait de dénoncer ce type de pratique est un élément primordial. C’est le premier pas, celui de la prise de conscience nécessaire pour lutter contre de telles actions. Certes, le combat peut paraître perdu d’avance. Tous les systèmes ont en effet des failles dans lesquelles les uns ou les autres s’engouffreront pour en tirer profit. Il y a toutefois la possibilité de lutter contre la fraude et l’évasion fiscales. L’Union européenne a ainsi fait le ménage. La directive sur la transparence et les nouvelles règles contre l’optimisation fiscale s’appliqueront au plus tard en 2020. Le secret bancaire a, quant à lui, été levé. La Commission utilise également l’arme de la concurrence pour s’attaquer aux avantages fiscaux beaucoup trop généreusement accordés par certains Etats.

Il reste malgré tout du chemin à parcourir vers l’harmonisation fiscale. Et malgré des progrès, des voix discordantes persistent, quitte à scier la branche sur laquelle nous sommes finalement tous assis.