Tout malheur est bon…

490_0008_11748657_nicolas«Au Bonheur des Ogres» de Nicolas Bary.

Pourquoi, quittant ce film, a-t-on surtout envie de se replonger dans le roman de Daniel Pennac paru en 1985 dont il s’inspire très scolairement? Ne serait-il que joli?

On pourrait procéder à un comparatif. Le film est-il fidèle ou pas au roman? On sait depuis belle lurette que plus une adaptation est infidèle, plus le film devient intéressant. Faut-il se répéter que l’original romanesque vaut mieux que la copie filmique? Nicolas Bary nous fait sentir qu’il s’est appliqué (avec la complicité de Jacques Fansten, auteur, au siècle dernier, d’un beau film sur l’enfance, La Fracture du myocarde) pour paraître fidèle à Pennac et restituer sur écran sa musique inimitable.

Comédie en noir et rose

Un narrateur – le héros Benjamin Malaussène – use en sémillante voix off de quelques bribes du roman pour situer l’affaire filandreuse des attentats dans un grand magasin parisien à une époque indéterminée, les nombreux personnages déjantés et l’intrigue méchamment emberlificotée. On ne s’en sort pas mieux alors que le roman nonobstant sa fantaisie débridée nous ménage avec bonhommie et nous mène sans heurt à la fin de l’histoire et au plaisir maximal.

L’acteur Raphaël Personnaz (révélé dans La Princesse de Montpensier de Bertrand Tavernier) n’est pas en cause. Il est assez proche de Malaussène: lunaire, maladroit et séduisant, un peu poète et débordant d’humour fruité. L’acteur n’arrive cependant pas à sauver le film alors qu’il occupe avec délicatesse l’écran en permanence.

Le cinéaste Nicolas Bary qui semble loucher du côté de Jean-Pierre Jeunet (…Amélie Poulain, Delicatessen) et de Tim Burton (Charlie et la chocolaterie) s’est braqué sur la forme mais son esthétique relève de cette joliesse qui caractérise les (jolis) catalogues de cadeaux de Noël. Hormis Raphaël Personnaz, les acteurs n’en font visiblement qu’à leur tête. Bérénice Béjo (jolie et rousse) bat tous les records et Emir Kusturica ne doit toujours pas savoir pourquoi il s’est retrouvé dans ce (joli) film.

Ne dit-on pas que tout malheur est bon à quelque chose? On ne baisse pas les bras, on est partant pour retrouver très prochainement Raphaël Personnaz dans l’extraordinaire Quai d’Orsay le nouveau Tavernier dans lequel il est aussi prodigieux que Thierry Lhermite. Et on termine de relire Pennac.

Manfred Enery

Faute de spectateurs, la coproduction luxembourgeoise n’est plus à l’affiche cette semaine.
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