Tous luxembourgeois / Transfrontaliere

Roger Cayzelle

Nicolas Buck est un des personnages qui comptent dans le paysage économique et politique du Grand-Duché, mais aussi de plus en plus dans celui de la Grande Région. Homme d’entreprise innovant, récompensé à plusieurs reprises dans les classements d’entrepreneurs, il dirige aujourd’hui le mouvement luxembourgeois d’entreprises industrielles qu’est la FEDIL. Il est désormais reconnu comme l’un des cinq principaux influenceurs du pays pour l’entreprenariat et la création d’entreprise.

Mais Nicolas Buck est aussi quelqu’un qui détonne et qui aime prendre à contre-pied des idées reçues ou des comportements qu’il estime parfois trop figés. Il rappelle ainsi que «nous sommes entrés, non pas dans une société de services mais dans une société hyper industrielle à travers la convergence entre le produit et le service».

Il plaide pour des coopérations plus affirmées entre le Grand-Duché et ses voisins dans des domaines concrets (l’autoroute A31 par exemple), mais aussi des synergies économiques puissantes. L’intérêt de son approche réside dans le fait qu’elle oblige à prendre du recul sur ce qui peut faire la force d’une coopération renouvelée entre des territoires situés au cœur de l’Europe.

Dans ce cadre, la question des mobilités est bien sûr importante. On ne construira pas un marché du travail intégré si ceux et celles qui le composent ne peuvent pas s’y déplacer. Mais rendre les déplacements plus faciles ne saurait constituer le seul horizon transfrontalier. Un développement économique équilibré représente bien un enjeu majeur. Cela nécessite de la lucidité, de la réactivité et un peu de patience.

La lucidité doit amener à reconnaître qu’actuellement c’est bien le Luxembourg qui est au cœur du développement transfrontalier. Quoi qu’on en pense, pour l’instant la «Grande région transfrontalière», c’est d’abord le «Grand Luxembourg». Vouloir entraver le développement économique luxembourgeois n’a dès lors guère de sens et peut même s’avérer totalement contre-productif pour toutes les régions.

Le véritable défi est par contre celui qui devrait amener à anticiper davantage la gestion des ressources humaines. Au Grand-Duché d’abord, où trop peu de jeunes actifs luxembourgeois s’engagent réellement dans l’économie productive, mais aussi dans l’ensemble de l’espace transfrontalier. Celui-ci pourrait connaître à terme des problèmes de recrutement, mais aussi des difficultés dans le domaine de la gestion des retraites. Plus que jamais, il faut donc désormais mettre fin aux crispations, libérer l’initiative partout et permettre aux entrepreneurs de diffuser leur énergie d’une région à l’autre. Cela apparaît sans doute aujourd’hui assez illusoire mais beaucoup d’imagination et un peu de patience pourraient permettre de progresser à terme, plus rapidement peut-être qu’on ne le pense parfois. A une condition toutefois: que s’installe un vrai climat de confiance et de respect mutuel. Sans celui-ci, rien ne sera possible.

Roger Cayzelle