Tirelire belge/48 milliards confiés à la Place financière

Thierry Nelissen / Si le «dentiste belge» appartient à l’histoire balbutiante de la place financière, ses patients fortunés lui ont succédé. Les journaux belges Le Soir et De Tijd confirment cette semaine, dans un dossier baptisé «Luxfiles», que les Belges les plus riches ont, pour la plupart, trouvé bon de gérer leurs avoirs via Luxembourg.

Les auteurs de l’enquête affichent au compteur de leurs investigations le chiffre de 48 milliards d’euros de capitaux gérés via des montages financiers concoctés de ce côté-ci de la frontière, et dont le principal vice serait d’être opérés au départ de sociétés «boîtes aux lettres» n’étant liées à aucune activité grand-ducale. De cela, les juridictions jugeront, si elles en sont saisies. La grande collation du Soir n’établit pas, en tout cas, le caractère illégal, même partiellement, aux yeux du fisc belge, de ces efforts d’optimisation nullement anonymes, précisément confiés aux experts d’un pays renommé pour son savoir-faire en la matière. Le quotidien vespéral jette ainsi en pâture à ses lecteurs quelques grands noms, comme Philippe de Spoelberch et Alexandre Van Damme, qui ont hérité de fortunes brassées avec amour par leurs ascendants dans AB Inbev, premier producteur mondial de bière. Mais aussi Michèle Sioen et Philippe Vlerick (textile) ou Philip Cracco (Interim et horlogerie)… Apparaît aussi le nom de l’ancien Premier ministre Yves Leterme qui, alors qu’il était secrétaire général adjoint de l’OCDE, était également actionnaire de Tele Colombus Holding, une des sociétés épinglées par les journaux. Et de citer aussi le spécialiste du dragage Jan de Nul… celui-là même qui fait flotter le pavillon maritime luxembourgeois partout dans le monde et dont l’activité au Grand-Duché nécessiterait plutôt quelques millions de boîtes aux lettres.

Le ministre des Finances belge, le nationaliste flamand Johan van Overtveldt, souligne que la communication passe plutôt bien avec le Luxembourg, rappelle que pour qu’un montage soit légitime, il faut que l’on puisse démontrer que la société est bien dirigée depuis le Grand-Duché, déplore que des mécanismes puissent faire échapper l’imposition d’une activité au pays où elle est effectuée, et s’en remet à l’Europe pour édicter des normes plus claires.

Le Soir et De Tijd ont en fait croisé des documents parfaitement publics et gratuits, les fichiers du registre de commerce et des sociétés (RCS), avec les noms des grosses fortunes belges. D’habitude, les recherches par internet dans ces fichiers sont malaisées: il faut connaître le nom des sociétés que l’on recherche et une requête par nom d’administrateur n’est pas possible.

Visiblement, les journalistes ont bénéficié d’un moyen de traiter efficacement ces données, mais il n’y a pas eu, à proprement parler, de fuite ou d’intrusion illégale, ce dont s’est assuré dès lundi Yves Gonner, directeur du RCS.