Tihange, Doel, Cattenom, Chooz: «Le match contre l’énergie nucléaire doit continuer!»

AFP / EMMANUEL DUNAND

Les députés ont voté à l’unanimité une motion invitant le gouvernement à tout faire pour que les centrales belges de Tihange et de Doel soient mises à l’arrêt.

La Chambre a consacré ce 19 janvier 2016 une heure d’actualité à ce sujet, au lendemain de la visite d’une délégation luxembourgeoise, menée par le secrétaire d’Etat à l’Environnement, Camille Gira, auprès des autorités belges. Il a été question de la durée de vie des centrales de Tihange et Doel, prolongée de dix ans en novembre dernier, alors que des défaillances avaient été détectées depuis plusieurs années.

« Le Luxembourg est le premier pays étranger à avoir rendez-vous à Bruxelles pour parler de sécurité nucléaire », s’est réjoui le secrétaire d’Etat, qui estime que « nous avons été entendu ». Il a notamment été accordé que le Grand-Duché, à l’instar des Pays-Bas et de l’Allemagne, pourra envoyer ses spécialistes pour inspecter les réacteurs des centrales incriminées.

« Notre visite a eu un impact médiatique et politique important » poursuit Gira… Au micro des médias belges, il ne s’est pas gêné pour traiter d’ « irresponsable » la décision de prolonger l’activité de ces centrales vieilles de quarante ans, alors que des parties sensibles des installations présentent de milliers de microfissures.

« Irresponsable »

«Le principe de précaution n’est pas appliqué», critique Gira qui s’avoue choqué des mots du directeur général de l’Agence fédérale de contrôle nucléaire, Jan Bens, déclarant que s’il s’agissait de centrales neuves, avec de telles détériorations, il de ne donnerait pas l’autorisation d’exploitation. Choqué, encore, que les ministres – Jan Jambon, Vice-Premier ministre et ministre de la Sécurité et de l’Intérieur et la ministre de l’Energie, de l’Environnement et du Développement durable, Marie-Christine Marghem – insistent que de telles décisions «ne regardent pas la politique, mais seulement l’autorité de surveillance de l’énergie nucléaire ».

«C’est là un formidable problème ! Ce n’est pas aux technocrates d’appliquer le principe de précaution, c’est à la politique!» tempête-t-il.

Pour autant, « le match contre l’énergie nucléaire doit continuer ». En Belgique, mais aussi en France, contre Cattenom ou Chooz, ou même en portant plainte devant la Cour de Justice de l’UE contre les subventions d’Etat accordées à un projet de construction de deux réacteurs nucléaires au Royaume-Uni, sur le site d’Hinkley Point.

La ministre de la Santé, Lydia Mutsch (LSAP), se veut plus mesurée. « Les Belges Pas n’ont pas agi à la va-vite » en remettant en marche leurs centrales, conclut-elle après avoir passé en revu les différents épisodes de vérifications, de tests, de fermetures et de réouvertures de Doel 3 et de Tihange 2, entre juin 2012 et novembre 2015, date à laquelle le prolongement de la vie des deux centrales jusqu’à respectivement 2023 et 2025 a été décidé.

L’échange d’information fonctionne

« Cette décision n’est pas du goût de notre gouvernement » concède-t-elle. Mais l’accord bilatéral signé en 2011, assure une bonne information, régulière et détaillée, sur les éventuels problèmes de sécurité. « Les autorités belges ont mis les cartes sur la table » analyse la ministre, qui se réjouit aussi que les experts luxembourgeois puissent assister aux réunions belges.

Pourtant, il reste toujours un risque d’accident et le Luxembourg est au premier rang. Aussi quand il a été décidé que des comprimés d’iodes seraient distribués dans un périmètre de 100 kilomètres autour des centrales, Clervaux et Troisvierges auraient dû y figurer.

En connaissance de cause, améliorer la protection de la population et les systèmes d’information et d’alerte transfrontaliers, fut un des thèmes de la présidence luxembourgeoise du Conseil de l’UE pour le ressort Santé.

Marco Schank (CSV), qui faisait partie de la délégation luxembourgeoise à Bruxelles et qui est à l’origine de la motion, a fait les calculs: Doel est à 10 kilomètres d’Anvers, Tihange est près de Liège, à 70 ou 80 kilomètres de notre frontière nord, mais, plus grave, « sous le vent qui souffle en direction de Luxembourg ». En cas d’accident…

Un débat idéologique? «Non, existentiel»

«La Belgique a décidé la sortie du nucléaire en 2003. Ce fut une bonne nouvelle, mais elle a ensuite annoncé un prolongement au-delà de 2015. Nous n’avions pas de choix, il en va de la souveraineté nationale. Mais nous avons le droit d’exprimer nos préoccupations ! » lance Roger Negri (LSAP). Le socialiste veut impliquer les Länder allemands pour maintenir la pression anti-nucléaire.

Henri Kox  (Déi Gréng) prévient: «La politique climatique doit être antinucléaire ». Et si la ministre de l’Environnement belge lui reproche que « la fin du nucléaire est un débat idéologique », il répond : « non, un débat existentiel » avec un oeil sur Fukushima. Sans oublier que sa mère fut une de principales opposantes au projet d’une centrale nucléaire à Remerschen, dans les années 70.

Max Hahn (DP) est déçu de la visite à Bruxelles. « Chaque jour est un danger réel pour nous. Il faut toujours recommencer à élever la voix, à chaque visite, entrevue, discussion. Nous devons être la dernière génération de l’ère nucléaire ! » espère le trentenaire.

David Wagner (Déi Lénk), une fois n’est pas coutume, salue les efforts du gouvernement. Et voit plus loin dans la lutte anti-nucléaire : « Enovos possède 4,75% de GDF-Suez, qui comprend aussi Electrabel… » Ne faudrait-il pas revoir la politique d’investissement ?

Gast Gibéryen (ADR) tranche dans le vif: « En cas d’accident majeur, le Luxembourg n’existerait plus. Peu importe combien nous serions préparés.».

Tous ont voté la motion, « pour maintenir la pression ».

Laurence Harf

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