Un théâtre en mouvement /Orientation de la saison 2018/2019 des Théâtres de la Ville de Luxembourg

Josée Zeimes / Stimuler la création théâtrale du Luxembourg est un objectif-clé du directeur, Tom Leick-Burns.

L’échange avec des institutions théâtrales, nationales et surtout internationales, tient particulièrement à cœur du directeur qui entame sa troisième programmation; il reste fidèle aux acquis de son prédécesseur Frank Feitler, tout en marquant la saison de sa griffe. Le nombre croissant de spectateurs luxembourgeois et étrangers résidant au pays (4,5% de plus par rapport à l’année précédente) montre l’intérêt du public.

Les nombreuses coproductions des Théâtres de la Ville avec des maisons internationaleur permettent une collaboration stimulante et enrichissante sur le plan du théâtre, de l’opéra et de la danse. D’autres perspectives artistiques et financières s’ouvrent. Les représentations, plus nombreuses, permettent aux spectacles d’évoluer dans le temps et aux artistes d’échanger; dans le cadre des coproductions «maison», des artistes d’ici peuvent intégrer de grandes productions internationales, jouer avec d’autres et devant des publics différents. Pour le théâtre, citons Othello d’après Shakespeare, mise en scène d’Aurore Fattier, avec les comédiens Luc Schiltz et Serge Wolf ainsi que Unendlicher Spass de David Foster Wallace, mise en scène de Thorsten Lensing, avec Thierry Mousset comme dramaturge et le comédien André Jung.

La création théâtrale luxembourgeoise est aussi mise en valeur par huit spectacles dans quatre langues. La saison s’ouvre sur un texte de Guy Rewenig, Déi bescht Manéier, aus der Landschaft ze verschwannen, mis en scène par Charles Muller, qui parle de «l’amour» d’un couple qui n’est plus vraiment lié mais dont l’un dépend cruellement de l’autre. Le metteur en scène Max Claessen met en évidence dans Versetzung de Thomas Melle comment un homme maniaco-dépressif devient la métaphore d’une société en état d’exception.

Citons aussi Stupid Fucking Bird d’Aaron Posner, mise en scène d’Anne Simon, un remix drôle et qui incite à la réflexion de La mouette de Tchekhov et Breaking the Waves, un projet (dans une traduction française) de Myriam Muller, d’après le scénario et le film de Lars von Trier, qui montre que derrière la déchéance physique et morale perce «la force vive de la vie. La vie à tout prix, quel qu’en soit le sacrifice». ( Myriam Muller)

Un autre moyen pour susciter la création est l’aide à la jeune création. Relevons dans ce contexte quelques initiatives qui permettent de réaliser un projet dans des conditions professionnelles: côté théâtre, TalentLAB – dont une maquette de 2017 se concrétise cette saison avec l’opéra icon – et la résidence «Capucins Libre» – cette année, Pascale Noé Adam met en scène Roulez jeunesse! de Luc Tartar; côté danse, la résidence à la chapelle Sainte-Marie d’Annonay Rhône, dont a bénéficié Andrea Rama et sa compagnie pour la création de A line supreme.

Le choix des spectacles montre depuis plusieurs saisons, le souci de faire revenir des artistes ou de les programmer pendant une saison avec plusieurs activités. Revoir des artistes et des compagnies aimés – pour la danse rappelons entre autres les noms de Sasha Waltz, Angelin Preljocaj, Anne Teresa De Keersmaeker, William Forsythe, Akram Khan – fidélise les spectateurs et fait plaisir. De même, reprogrammer des textes de Büchner, Ibsen, Marivaux, Shakespeare ou un metteur en scène/auteur comme Vincent Macaigne ou une compagnie théâtrale comme le Deutsches Theater Berlin permet de les connaître davantage.

En ce sens, il faut souligner une nouveauté avec deux prestigieuses résidences d’artistes dans le domaine de la danse: le Ballet National de Marseille avec deux spectacles et la Hofesh Shechter Company avec trois spectacles, des workshops et des rencontres avec les artistes.

La programmation diversifiée et spectaculaire est rehaussée par des créations mondiales avec, pour l’opéra de chambre, En silence – d’après Silence de Yasunari Kawabata – du compositeur Alexandre Desplat, mise en scène de Solrey. Côté danse, citons Disparition du Ballet National de Marseille & ICK Amsterdam, ainsi que Kind de Peeping Tom et pour le théâtre, Le livre de la jungle-Jungle Book d’après Rudyard Kipling dans une conception et une mise en scène de Robert Wilson.

Laissez-vous tenter par une panoplie de spectacles qui donnent du plaisir, provoquent réflexion et émotions. Le programme détaillé est disponible sur theatres.lu