Marc Saluzzi: «The sky is the limit»

Marc Fassone – mfassone@le-jeudi.lu / Le président de l’Alfi tire sa révérence. L’heure de dresser un bilan de ses deux mandats entamés en 2011. Bilan pour l’industrie, mais pour l’homme aussi.

Quel est votre sentiment sur le développement de l’industrie des fonds d’investissement ces quatre dernières années?

Marc Saluzzi: «Au début de mon mandat, en 2011, nous étions dans une situation post-crise avec un niveau de ventes nettes de l’ordre de 5 milliards d’euros. Nous devions digérer les impacts de cette crise, principalement le manque de confiance d’un grand nombre d’investisseurs envers les marchés et le long terme et l’agenda réglementaire pressant et pesant. Des textes lourds pour notre industrie s’élaboraient. AIFM était voté fin 2011, alors qu’arrivaient sur la table des négociations des textes aussi fondamentaux que Mifid ou Ucits 5.

Quatre ans plus tard, sur ces deux lignes de front, la situation s’est améliorée. On constate un retour des investisseurs sur les marchés financiers, majoritairement via le produit fonds, ce qui est très positif pour les produits luxembourgeois. En 2011, on comptait 2,1 trilliards (NDLR: 1 trilliard = 1.000 milliards) d’euros d’actifs. On en est aujourd’hui à 3,54 trilliards.

Il y a dans cette progression un effet de rattrapage, bien sûr, mais également une progression des ventes nettes et un gain de parts de marché pour les fonds luxembourgeois. Ce processus de rattrapage sur les investissements et le marché s’est accumulé sur quatre ans et a maintenant tendance à accélérer: sur les quatre premiers mois de 2015, la collecte nette atteint 170 milliards. Sur toute l’année 2014, on avait réalisé 248 milliards.

Sur l’agenda réglementaire, la deuxième variable importante, on est toujours en train de digérer des réglementations extrêmement lourdes. Mais ce sont des textes qui sont sur la table depuis longtemps.

La Commission n’a pas émis de nouveaux textes depuis dix-huit mois. C’est une bonne nouvelle. Nous stabilisons notre environnement et pouvons nous refocaliser sur notre business et nos clients.

Une troisième variable est apparue en cours de mandat et est devenue aujourd’hui très importante, il s’agit de la fiscalité. Sur la période, on a commencé à parler de la taxe sur les transactions financières. C’est un serpent de mer et on n’arrive pas à voir ce qu’il se passe et vers où l’on va. Il faut être vigilant.

Il y a également le BEPS (Base Erosion and Profit Shifting) – (NDLR: un projet de l’OCDE qui vise à taxer les profits des sociétés multinationales là où ils sont réalisés) – dont l’impact sur notre industrie pourrait être très important.

Sur les dix-huit derniers mois, la dimension fiscale de notre activité est devenue primordiale. Sur les autres axes de notre activité – promotion, lobbying, ouverture de nouveaux marchés, éducation des investisseurs… –, nous avons progressé. Mais c’est le « business as usual ».»
Quel était votre état d’esprit au moment où vous avez pris vos fonctions?

M. S.: «Ayant déjà passé une dizaine d’années aux portes de l’Alfi, je savais que c’était une grande famille et que je pouvais compter sur la participation active des membres, des administrateurs et du staff; les trois cercles comme je les appelle.

Esprit, es-tu là?

Il y a au sein de l’association un esprit de cohésion et de collaboration au quotidien. C’est fondamental pour avancer.

Mon ambition était donc d’être un bon chef d’équipe, de maintenir et de faire progresser cet esprit.

En quatre années, on a accompli beaucoup de choses, on a rencontré des gens que nous n’avions encore jamais vus, on a visité des lieux où nous n’étions jamais allés. Sur tous ces projets, sur toutes ces actions, le conseil d’administration, les membres et l’équipe ont répondu présents, malgré l’intensité de ce que l’on a vécu.

Je suis étonné de voir à quel point tout le monde contribue et est enthousiaste à le faire. C’est perçu par eux comme un privilège.

On a réussi à maintenir et à stimuler cet enthousiasme et cet esprit d’équipe avec des résultats probants pour tout le monde. C’est quelque chose de très important.

Et, en plus, tant au Luxembourg qu’à l’étranger, cet enthousiasme et cette volonté de bien faire sont perçus très positivement. Cet esprit collaboratif qui nous a animés a permis de conforter la lisibilité et la réputation de l’Alfi aussi bien au Luxembourg qu’à l’étranger. C’est quelque chose qui, pour moi, est très valorisant.»

Quel est votre état d’esprit au moment où vous quittez vos fonctions?

M. S.: «Pour moi, le sentiment principal est celui du travail accompli. Tous les présidents de l’Alfi ont la même ambition: laisser l’association et l’industrie plus fortes à la fin du mandat qu’au début. Je pense que c’est aujourd’hui le cas.

Au-delà du sentiment de travail accompli, ce qui prédomine pour moi c’est la confiance que l’on peut avoir dans l’avenir.

Je sais aujourd’hui que le prochain président pourra compter sur ce même niveau de support et aller au-delà.»

Cinq fois plus d’efforts

Quel est votre meilleur souvenir pour cette période?

M. S.: «Le meilleur souvenir, et même si ce chiffre ne veut pas tout dire, c’est le moment où nous avons franchi la barre des 3 trilliards d’euros d’actifs sous gestion. Avant la crise, l’industrie avait atteint le palier de 2,5 trilliards. On était ensuite descendu à 1,5 trilliard. On a su remonter et dépasser le niveau record d’avant-crise.

Cette performance confirme nos orientations stratégiques et, quelque part, matérialise le travail accompli depuis ma prise de fonction. Il y a aussi un autre grand moment, celui de la célébration des 25 ans de l’Alfi. Quand on a la tête dans le guidon tous les jours, on a du mal à mesurer le chemin parcouru et le fait que nous soyons une grande famille.

La fête des 25 ans a été un moment où nous nous sommes tous retrouvés et où nous avons pu faire cet exercice. Cela reste un moment très fort au niveau émotionnel, tout le monde était ému et content d’être là.»

Et votre pire souvenir?

M. S.: «Le pire souvenir? (Il hésite…) Rien ne me vient spontanément en tête.»

Des regrets alors?

M. S.: «Je crois que, si on cherche l’aspect négatif de tout cela, ce n’est ni un moment particulier ni un regret qui me viennent en tête.

Le côté négatif de toute cette période c’est que, désormais, les résultats ne s’obtiennent plus qu’avec des efforts extrêmement importants.

Avant la crise, les choses venaient naturellement, facilement. Depuis, on se rend compte que pour obtenir les mêmes résultats il faut se battre cinq fois plus.

Ce sont des efforts qui n’ont plus rien à voir. Mais quand les résultats sont là, on oublie tout cela.»

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à votre successeur?

M. S.: «(Il hésite à nouveau.) Pour moi, le meilleur conseil serait de continuer en permanence à maintenir l’esprit de cohésion, de collaboration et l’enthousiasme que l’on a au sein de l’Alfi.

C’est pour moi le meilleur conseil à donner. Le bon leader est celui qui va susciter le bon momentum derrière lui. S’il y arrive, alors, « the sky is the limit »».

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