The Paris Connection

Amélie Vrla / Un homme frappe à une porte, trempé par l’orage. Tom Cruise, aka Ethan Hunt, lui ouvre. Un bref message est annoncé: « La tempête approche », auquel Hunt répond, sûr de lui: « C’est moi, la tempête. » A ces mots, on lui remet un livre dans lequel sont dissimulés un film et un projecteur. Le nouvel opus de la saga Mission: Impossible peut commencer: la nouvelle mission de Hunt est arrivée.

Cette fois-ci, il lui faut sauver la planète de la menace nucléaire, en parvenant à mettre la main sur le plutonium dont le mystérieux John Lark et une bande de rebelles prénommés les Apôtres veulent s’emparer pour nourrir leurs sombres desseins.

Le réalisateur McQuarrie a également écrit ce nouveau volet de la série. Lui qui avait signé le scénario de The Usual Suspects n’a pas accouché ici d’une intrigue brillante: elle se répète et demeure très convenue du début à la fin. On décroche parfois, rattrapé ici ou là par une réplique plus enlevée, un clin d’œil humoristique souvent rehaussé par l’accent britannique de Simon Pegg. Mais l’on ne décroche jamais très longtemps, car McQuarrie nourrit son long-métrage de séquences d’action réussies, qui accomplissent leur mission de divertissement et de grand spectacle.

Il y a notamment ces courses-poursuites dans la Ville Lumière, à laquelle Tom Cruise et McQuarrie ont décidé de rendre hommage après les attentats qui ont frappé la capitale française en 2015. Pour qui connaît les rues parisiennes, il est divertissant de reconstituer le parcours d’Ethan Hunt, qu’il soit en voiture sous le métro aérien dans une séquence clin d’œil à The French Connection , en camion dans les rues médiévales d’une étroitesse infernale du VI e arrondissement, en moto au carrefour de l’Etoile, ou qu’il se jette sur une embarcation depuis un puits de lumière dissimulé dans un parterre de buissons.

Il y a également cette scène vertigineuse où Cruise se jette d’un avion dans un orage parcouru d’éclairs, à la suite d’Henry Cavill, pour atterrir sur le toit de verre du Grand Palais, secoué par les basses d’une énorme fête techno. Ou celle où il se retrouve pendu à un hélicoptère survolant les massifs montagneux enneigés et grandioses du Cachemire.

Le film traverse les espaces, obligeant ses personnages à passer d’un attirail de cosmonautes de la chute libre à celui de plongeurs des fonds fluviaux parisiens, sans oublier les mythiques masques de latex, signature de la série qui continue son jeu de travestissements dans un spectacle bon enfant qui offre à nos héros certaines scènes victorieuses dont on se réjouit.

Tom Cruise approche de la soixantaine, et cela se ressent parfois dans la manière qu’a Hunt de peiner à reprendre son souffle ou à retourner dans la mêlée. C’est l’un des aspects plaisants du film que de voir la façon dont il se moque quelquefois de son personnage principal, un héros par ailleurs cuirassé de toutes les qualités usuelles du parfait sauveur du monde à l’américaine.

On s’ennuie lorsqu’il est répété qu’Ethan Hunt est un homme valeureux, qui préfère prendre soin de ses hommes plutôt que de répondre aux ordres à tout prix. On reste profondément indifférent aux scènes qui le rapprochent de la femme de sa vie, une Michelle Monaghan fade et sans charme, comme à celle où Ving Rhames explique maladroitement les raisons qui ont forcé Hunt à se séparer d’elle. Et l’idée pataude qui veut que, sans Ethan Hunt, le monde ne serait plus – et que c’est la raison pour laquelle Hunt se dévoue corps et âme à être de toutes les batailles, partout, tout le temps, sous peine de voir la planète réduite à néant – est mise en scène sans originalité aucune.

Ce nouvel opus répond donc aux attentes d’un spectateur désireux de passer 147 minutes dans une salle climatisée pour se laisser happer par le blockbuster de l’été. Il remplit sa mission, mais pour véritablement marquer les esprits, il aurait fallu que McQuarrie renoue avec ce qui l’animait il y a plus de vingt ans, lorsqu’il était couronné par l’Oscar du meilleur scénario original.