La tentation socio-judiciaire /Spots

Cette année, la rentrée des classes plus houleuse que d’habitude a suscité des débats qui, suivis de l’extérieur, nous rappelaient l’ambiance lors de la réforme des rythmes scolaires dans notre pays voisin, où un ministre de bonne volonté voulait améliorer les apprentissages fondamentaux pour élever le niveau de formation des élèves.

Les écarts importants des «performances» entre élèves et le nombre conséquent d’élèves qui décrochent sans diplôme ont poussé à agir rapidement.

Les défis sont nombreux, mais nous, parents, nous voulons tous une école où les enfants peuvent réussir.

Même les parents d’élèves qui n’ont pas les moyens d’aider concrètement leurs enfants constatent les mutations rapides dans le monde du travail et dans la société, et ils comprennent que tout l’avenir de leurs enfants est en jeu.

Des méthodes nouvelles et des programmes pédagogiques qui se traduisent par des projets pilotes finissent tous hélas par se heurter à la réalité. L’hétérogénéité des élèves, les troubles du comportement de certains élèves, l’invasion du monde extérieur dans l’école (télévision, téléphones portables et jeux électroniques) font que les enseignants sont dépassés.

Et tout le monde se met à chercher des explications pour identifier «le coupable»: l’on étudie le comportement de l’enfant, ses «handicaps», on va regarder du côté de la situation familiale, on analyse le contexte social, tout cela pour trouver les raisons de nos échecs pédagogiques de manière «scientifique».

Il n’est pourtant pas difficile de comprendre qu’il faudra tôt ou tard sortir des sentiers battus: plus le temps passe et plus les réponses cesseront d’être pédagogiques pour devenir sociales, voire judiciaires!

Et ainsi les enfants en difficulté d’apprentissage et leurs parents finiront par être les victimes d’un système qui a été développé avec la meilleure volonté du monde.

Nous savons d’expérience que chaque emploi créé dans un système doit un jour ou l’autre justifier son utilité. Dans ce contexte, la mission de déceler ou d’interpréter aussitôt que possible des carences chez l’élève risque donc elle aussi d’être parfois utilisée de manière très subjective.

Il n’est déjà plus si rare qu’une mauvaise communication entre les parties ou une réclamation mal vécue conduise à des dérapages. En se fondant sur une utilisation parfois abusive des observations faites sur le comportement de l’enfant, l’école saisit la justice qui enclenche une enquête sociale. Les conséquences sont parfois disproportionnées, au point d’être vécues comme une mise sous tutelle de toute la famille.

La Ligue des Droits de l’Homme, qui a été saisie de plusieurs cas, craint que la judiciarisation excessive des problèmes liés aux parcours scolaires finisse par mettre en péril des droits fondamentaux tels que la liberté des parents d’éduquer eux-mêmes leurs enfants et le droit des enfants à une éducation sans violence.

Donato Laera

Ligue des Droits de l’Homme