Sursaut / Fake news et gilets jaunes

Olivier Tasch / Le drame que vient de vivre, ce 11 décembre, la ville de Strasbourg, frappée à quelques pas de son illustre marché de noël, est effroyable. D’autant plus que l’on assiste malheureusement à un phénomène répétitif. Comme à chaque fois, on s’interroge sur les causes de la tragédie. Est-ce un attentat terroriste? L’acte d’un déséquilibré? Les deux, forcément… S’y ajoute la litanie – émanant, pas exclusivement, de la droite dure – sur l’effondrement des valeurs morales des sociétés occidentales. Un discours, le plus souvent, ponctué d’islamophobie et exigeant, au-delà d’un retour à l’ordre moral, un retour à l’ordre tout court.

Et comme à chaque attentat resurgissent les théories du complot. Lesquelles ont connu une belle recrudescence avec les attentats du 11-Septembre. L’avènement d’internet et les crises économiques mondiales successives ont permis d’ajouter de l’eau au moulin des complotistes. Les réseaux sociaux donnent un formidable coup d’accélérateur aux «vérités alternatives», ces fameuses «fake news» qui auraient auparavant mis plus de temps à se répandre au bistrot.

Ce 11 décembre, il n’aura fallu que quelques minutes pour que ces théories fusent sur les réseaux. Mais, à la différence des attentats précédents en France, le contexte actuel, avec le mouvement des gilets jaunes, offre un terrain très fertile aux théories farfelues. Evidemment, la fachosphère s’active, tout comme les habituels tenants des complots américano-sioniste, franc-maçonnique, militaro-industriel ou capitaliste.

S’y ajoutent aussi des contestataires qui pensent voir là un attentat fomenté par le machiavélique pouvoir pour les affaiblir, voire un moyen d’instaurer l’état d’urgence qui les empêchera de manifester. C’est là un dangereux penchant qui décrédibilise le mouvement. Certains gilets jaunes s’en émeuvent et ont fermé des forums de discussion pour ne pas alimenter le délire.

Au-delà des gilets jaunes, complots et «fake news» représentent un énorme défi pour les médias et la démocratie, dangereusement remis en cause par une part grandissante de la population.

A moins d’un sursaut, le retour du nationalisme, du religieux et le discours anti-élites ne présagent rien de bon pour les importantes échéances démocratiques à venir.

A commencer par les européennes de mai 2019…