Submergés, pour l’heure vu des marches

La vigueur du dollar, la hausse des taux américains et les tensions commerciales représentent un contexte difficile pour les économies émergentes les plus fragiles, notamment l’Argentine et la Turquie.

Faut-il craindre une généralisation de la crise?

Ces maillons faibles sont souvent caractérisés par de lourds déficits courants et d’importantes dettes en devises étrangères, notamment en dollars.

Si la tendance générale a été à une réduction des déficits courants ces dernières années, il reste toutefois des exceptions à la règle.

Parmi les dix principales économies émergentes, seule la Turquie affiche un déficit supérieur à 2% du PIB, avec 6,3%. Ces dernières années, ces besoins de financement ont souvent été comblés par des flux de capitaux étrangers, les investisseurs des marchés développés cherchant de meilleurs rendements dans les émergents. Les achats agrégés ces douze derniers mois ont atteint un plus haut depuis 2013. Cependant, les spéculateurs peuvent se montrer inconstants, surtout en période de turbulences.

Par ailleurs, l’endettement des sociétés non financières émergentes en devises étrangères a fortement progressé. Ces dix dernières années, la charge totale de la dette a pratiquement doublé, passant de 2.200 à 4.300 milliards de dollars et la situation est particulièrement préoccupante dans les pays les plus dépendants au financement en devises, comme la Turquie où il représente 37% du PIB.

Ces dernières semaines, cette combinaison néfaste a fortement pesé sur le marché des changes, et notamment sur le peso argentin et la livre turque. Et la faiblesse des devises a ravivé à son tour les pressions inflationnistes, contraignant plusieurs banques centrales à resserrer leur politique monétaire. En Argentine, les taux directeurs ont atteint 60%, et en Turquie, la banque centrale est passée outre les injonctions du président en relevant les taux de 17,75% à 24%.

Ainsi, l’Argentine et la Turquie devraient connaître un choc économique, avant d’amorcer un lent rétablissement de leurs déséquilibres. Toutefois, d’après notre analyse, les problèmes que rencontrent ces maillons faibles ne devraient pas se généraliser à l’ensemble des pays émergents.

Pour autant, les actifs émergents resteront sous pression, car les USA devraient annoncer de nouvelles sanctions à l’encontre de la Chine et une croissance américaine alimentée par des baisses d’impôts permettra à la Réserve fédérale de poursuivre ses hausses des taux. En résumé, la prudence reste de mise.

Alan Mudie

Société Générale Private Banking