«Sturm und Drang» / Coup de cœur

Voilà qu’une césarienne, pratiquée après vingt-quatre heures de contractions douloureuses, a permis de mettre enfin au monde un gouvernement allemand sur des jambes toutefois fort chancelantes, issu d’une coalition ressemblant à une paire de souliers usés avec de nouveaux lacets.

Confirmée dans ses fonctions, la chancelière, qui vient probablement d’entamer sa lente mais plus que probable descente du trône, ne doit pourtant pas trop se réjouir et sa moue légendaire doit se creuser davantage à l’idée de devoir régner avec un partenaire qui ne doit pas la porter dans son cœur. Et si son avenir politique est plus qu’incertain, que penser du revirement d’un Martin Schulz qui avait juré le soir des élections qu’il prendrait avec son parti le chemin de l’opposition, ne voulant jamais siéger comme ministre dans un gouvernement Merkel? Après que le malchanceux ex-président du Parlement européen avait annoncé, à l’issue des douloureuses négociations, avoir changé d’avis pour briguer désormais le poste de ministre des Affaires étrangères, en renonçant aux fonctions de président du SDP, le chef de la diplomatie allemande, Sigmar Gabriel, supposé comme Thomas de Maizière ne plus faire partie du nouveau gouvernement, a réagi avec véhémence contre son éviction.

Et s’il fut fort critiqué dans la presse et par ses pairs pour avoir boudé, je comprends fort bien son amertume en étant comme lui très déçu par la tournure que prennent les choses laissant deviner d’intenses remous internes au sein de son parti.

Qu’il ait dû en être ainsi devenait très vite évident quand, seulement quelques heures plus tard, c’est Martin Schulz, qui, victime d’un vrai «shit storm» interne, devait renoncer à ses ambitions personnelles et faire marche arrière. Mais comme il est désormais connu pour changer d’avis à tout bout de champ…

Ce sont surtout les jeunes socialistes, mais aussi leurs collègues des deux partis conservateurs, qui sont en train de dicter leur loi et pour l’instant, il faut vraiment s’attendre à tout et même à ce que
de «Groko» il n’y ait point.

On reproche surtout à Dame Angela d’avoir fait trop de concessions en cédant aux
socialistes d’importants ministères.

Qui a dit que la politique serait une sale affaire?

En l’occurrence, on en a la preuve par quatre!

En attendant la suite des événements, qui font la joie des réunions carnavalesques, alors qu’ils leur ressemblent, j’ai pris plaisir à observer le samedi de Carnaval les allers-retours d’un pigeon transportant dans son bec de petites branches pour construire son nid. C’était rassurant de voir que les cycles de la vie et le retour des saisons se foutaient pas mal des soubresauts grotesques et lamentables de la politique teutonne.

J’espère que nous ne devrons pas vivre un scénario analogue en octobre prochain lors d’élections qui, déjà, donnent lieu à des pronostics auxquels, contrairement à d’autres, je n’attribue aucun degré de sériosité. Et à ceux qui prônent un retour au pouvoir de la droite – beaucoup parmi eux ont mal digéré la séparation de l’Eglise et de l’Etat – j’aimerais quand même rappeler que le bilan de ceux qui nous gouvernent est loin d’être négligeable. Mais comme disent nos voisins allemands: «Undank ist der Welt Lohn».

Pierre Dillenburg