Spots/Les droits de l’hommene se saucissonnent pas

De nombreuses associations européennes viennent d’essuyer un refus de renouvellement de leur subvention de fonctionnement de la part de la Commission européenne qui préfère désormais soutenir des projets aux visées moins «généralistes». Un simple «changement de critères de sélection» a suffi pour écarter des organisations qui forment pourtant un contrepoids nécessaire aux lobbies européens.

Parmi les associations recalées figure l’Association européenne pour la défense des droits de l’homme (AEDH), une organisation «généraliste» regroupant les ligues de défense des droits de l’Homme de tous les pays de l’Union européenne.

Il se peut que les «droits de l’homme» succombent au même scénario que l’écologie: les partis qui se limitent à la défense de l’environnement sont en perte de vitesse, du fait qu’aujourd’hui presque tous leurs concurrents ont saupoudré leurs programmes d’«écologie».

De la même manière, il n’y a plus guère de discours politique qui ne soit assaisonné d’une prise de «droits de l’homme». Une façon très sélective de se servir par-ci, par-là de ce thème permet à nos gouvernants de surfer sur les sujets porteurs et de laisser de côté ceux qui fâchent.

En réalité, c’est à un recul inquiétant qu’on assiste, puisque l’instrumentalisation de tel ou tel droit fondamental par la politique met en cause l’indivisibilité et l’interdépendance des droits, condition de leur universalité effective.

Le programme de l’AEDH est la défense et la promotion des droits humains dans leur globalité sur tout le territoire de l’Union européenne, qui doit conduire à l’approfondissement de la construction européenne par le progrès des droits civils et politiques, ainsi que des droits sociaux et économiques. Cette organisation est une des seules qui ne sépare pas les défis qui se posent à notre époque – citoyenneté, asile et migration, protection des données, etc. – mais qui les aborde dans leur corrélation.

L’Union européenne a toujours pris soin de lier les droits de l’Homme avec la démocratie, mais hélas on doit constater que la «contagion» espérée ne s’est pas produite.

Aujourd’hui, la lutte contre le terrorisme, la crise des réfugiés et la montée des nationalismes dans le monde et en Europe font craindre que les libertés publiques et droits de la personne ne soient plus des priorités et n’apparaissent plus comme des acquis irréversibles. Même les gouvernants de bonne volonté qui seraient prêts à défendre des droits fondamentaux finissent par faire marche arrière face à la cascade de crises qui se sont succédé depuis une dizaine d’années.

Devant les égoïsmes et les calculs de nombreux acteurs nationaux, qui, sinon l’Union européenne elle-même, à travers la Commission, pourrait soutenir les organisations défendant dans leur ensemble les principes qui ont fait l’Europe – ces principes qui se trouvent dans la Charte européenne des droits fondamentaux?

Donato Laera,

Ligue des droits de l’Homme