Spots / La discrimination des «aidantes informelles» n’est pas une fatalité

La Ligue des droits de l’Homme a participé ces deux dernières années à un projet européen qui a permis d’analyser la situation des «aidant(e)s informel(le)s».

Il s’agit donc de ces personnes s’occupent de manière bénévole d’une personne de leur entourage qui se trouve dans une situation de dépendance (personne âgée ou handicapée).

L’objet de cette étude, qui s’est déroulée avec le soutien du programme «PROGRESS» de la Commission européenne, était d’évaluer l’impact de cette activité d’aidant(e) sur le revenu de ces personnes qui sont souvent obligées d’aménager ou de réduire leurs activités professionnelles, voire d’arrêter de travailler, ou dont la carrière n’évolue pas comme celle de leurs collègues qui ont davantage de disponibilité.

L’enquête que nous avons menée sur le terrain a confirmé ce dont nous nous doutions déjà: la plupart des «aidants informels» sont des «aidantes».

Si, au Luxembourg, l’écart de revenus du travail entre les hommes et les femmes demeure de 8,6%, il est bien plus important encore entre les femmes qui sont aidantes informelles et le reste de la population salariée.

Ces femmes perdent d’ailleurs non seulement des revenus pendant leur vie professionnelle, elles se retrouvent souvent avec des retraites inférieures, en raison de coupures, de mi-temps ou pire, d’abandon de leur activité professionnelle.

Quand on sait qu’à peu près un cinquième de la population active du Grand-Duché prend, à des degrés divers, soin d’un proche âgé ou handicapé, on mesure l’ampleur de ce problème pourtant très peu perçu, que ce soit par les pouvoirs publics, par les employeurs ou parfois par les intéressées elles-mêmes qui prennent sur elles cette charge d’«aidante» avec un certain fatalisme.

Or il n’y a aucune raison de perpétuer cette discrimination à grande échelle des «aidantes informelles».

Certains palliatifs existent au niveau de l’Assurance dépendance (rétribution partielle des aidants informels et prise en charge de la cotisation à leur assurance pension).

Toutefois, même si le projet de réforme de l’assurance dépendance qui vient d’être déposé prévoit de renforcer les dispositions en faveur des aidants, le problème des écarts de revenus résultant d’une activité d’aide informelle et plus largement celui des discriminations multiples des aidantes informelles qui travaillent (soit comme salariées soit comme indépendantes) exigent des réponses plus diversifiées, autant sur le plan du droit du travail que sur celui de la politique des entreprises.

Afin de présenter les pistes que nous avons explorées au cours de notre projet et de débattre de la condition d’aidant(e) informel(le), des améliorations à apporter au code du travail en vue d’une meilleure conciliation entre l’emploi et l’activité d’aidant, des bonnes pratiques en entreprises et des moyens qui permettraient de rééquilibrer le partage des activités d’aide informelle entre hommes et femmes, la Ligue des droits de l’Homme organise, le 11 novembre prochain, un séminaire.

On en trouvera le programme sur notre nouveau site dédié aux aidant(e)s informel(le)s: www.aidant-e-s.lu

Claude Weber,

Ligue des Droits de l’Homme