Spots / A quand un médiateur du travail au Luxembourg?

Depuis la crise de 2008, les négociations concernant le renouvellement des contrats collectifs ont lieu dans un esprit de plus en plus tendu et dans des conditions de plus en plus inégales. Les tensions sur le marché de l’emploi, la logique financière qui domine l’économie, les rationalisations présentées comme incontournables créent un déséquilibre tellement grand en faveur des patrons que bientôt plus aucun syndicaliste n’osera relever le défi.

Prenons pour exemple le cas de la sidérurgie. Pour le moment, il n’y a que le patronat qui avance ses propositions. Celles-ci se traduiraient par un recul unilatéral des droits des salariés. Il semble que les syndicalistes ne font plus le poids pour contrer ces mesures. On peut se demander s’il ne serait pas préférable que les syndicalistes ne dépendent plus du salaire de l’entreprise, afin qu’ils soient plus libres dans leur activité syndicale dans l’entreprise. Aujourd’hui, il n’y a plus de dialogue constructif entre les deux parties. Le modèle luxembourgeois prévoyait que le gouvernement participe aux négociations, mais depuis l’échec des négociations en 2009, les gouvernements successifs ont choisi d’attirer plutôt de nouveaux secteurs d’activité vers le Luxembourg et ils ne s’investissent plus autant qu’avant dans les négociations par secteur.

Une révision à la baisse des mesures sociales, des conditions de chômage partiel, du fonctionnement de la CDR (cellule de reclassement), des modalités de préretraite adaptées à la sidérurgie, des possibilités de formation dans l’entreprise, et surtout des formations après licenciement (économique), tout cela ne représenterait que de fausses économies.

Les hommes et les femmes qui travaillent dans l’industrie apportent plus à leur entreprise que le travail pour lequel ils reçoivent un salaire. Ils créent, par leur activité, du savoir-faire et de l’esprit d’entreprise. Si, dans une entreprise, on aggrave ou détruit les conditions de travail des salariés ou leurs perspectives dans le but de rationaliser la production, on perd cette véritable plus-value cachée et on finit par détruire l’entreprise.

Même quand ils enregistrent des bénéfices, les grands groupes envisagent des délocalisations.

Dans la sidérurgie par exemple, la répartition inégale du travail dans les différentes usines entre dans la tactique de négociation. Il en est de même pour les investissements, employés comme un moyen de chantage. Face à cela, les salariés en entreprise n’ont pratiquement plus rien en main pour négocier. La législation luxembourgeoise rend la grève très difficile, et celle-ci coûte presque toujours plus cher aux salariés qu’aux employeurs. Puisque le modèle de la tripartite semble épuisé, il faut d’urgence trouver un nouveau modèle de négociation dans lequel les intérêts à long terme de la société seraient considérés.

Pourquoi ne pas faire intervenir régulièrement un médiateur extérieur dans les négociations? Un tel médiateur n’aurait pas à craindre les pressions de la part de l’employeur et il aurait une vision plus globale des problèmes. Ce modèle existe en Suède depuis plus d’un siècle. Dans ce pays, un Office national de médiation (Medlingsinstitutet, www.mi.se) qui dépend du ministère du Travail intervient dans les litiges entre salariés et employeurs. Il désigne des médiateurs neutres pour faciliter les négociations sur les salaires, mais aussi sur les conditions générales d’emploi. Ce système paraît beaucoup plus souple que la «conciliation» pratiquée au Luxembourg, quand les négociations sont bloquées.

Pietro Monaco,

Ligue des Droits de l’Homme