Spéculation / La vache à lait des propriétaires fonciers

Olivier Tasch / L’affaire Google nous montre une fois de plus à quel point le pays est complètement rongé par la culture de la spéculation immobilière. Tout le monde le sait, les prix du foncier sont exorbitants et ne cessent d’augmenter. Et les propriétaires terriens savent évidemment faire bon usage de cet état de fait. Car la sacro-sainte propriété privée prime sur tout. N’allez surtout pas parler d’expropriation, ici c’est une quasi-grossièreté. Il suffit de rappeler l’absurde épisode du petit morceau d’autoroute à Hellange, lequel dura tout de même plus de dix ans.

La propriété privée est certes légitime, mais l’intérêt commun ne l’est-il pas tout autant?

Dans le cas présent – le terrain situé à Bissen et que l’Etat voudrait proposer au géant du net, Google –, on ne peut s’empêcher de penser qu’un propriétaire a senti le bon filon. Un terrain qui, hier, ne valait pas grand-chose se métamorphose de manière totalement inespérée en mine d’or. Quitte à faire capoter le projet et les potentielles retombées économiques et sociales qui l’accompagneraient, le propriétaire de ce qui n’est encore qu’un Kouwiss – un champ de vaches – semble faire monter les enchères. Certes, assimiler la vente d’un terrain à Google à l’intérêt commun pourrait paraître comme une hérésie aux yeux de certains. Il n’empêche que l’Etat semble prisonnier, au point de devoir présenter publiquement un projet prometteur, mais loin d’être ficelé. La promesse pourrait donc devenir un miroir aux alouettes.

Au Luxembourg, c’est sûr, l’intérêt particulier prime sur le reste. Et la spéculation foncière en est la plus flagrante des expressions. Rappelons au passage que nous générons nous-mêmes le problème, en étant incapables d’avoir un aménagement du territoire digne de ce nom, et surtout par l’insatiable gourmandise pécuniaire de certains de nos concitoyens.

Pour paraphraser l’ancien Premier ministre dans son discours sur l’état de la nation, en 2012, ce ne sont pas des étrangers qui détiennent ces terrains mais bien des Luxembourgeois. Et Jean-Claude Juncker de se demander s’il était bien nécessaire que les propriétaires essorent jusqu’à la dernière goutte de sang ceux qui ont besoin d’un terrain? La réponse indique la manière dont nous voulons vivre ensemble.

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