Spectre

Comme chaque 31 octobre, tic-tac mercantile oblige, les fantômes, squelettes, zombies, sorcières, vampires, loups-garous et autres citrouilles prennent d’assaut leurs boîtes à outils qui font peur pour une nuit de «frayeur modérée» ou de «petit frisson» ou de «grosse terreur» – biffer la mention inutile. Gageons dans la foulée que, cette année, le groin intègrera la panoplie des déguisements…

Tout dépend de notre goût pour le cauchemar, du moins pour son folklore, lequel ne mange pas de pain, spectres ou morts-vivants requérant juste de prendre ses jambes à son cou. Quant au courage – qui fait par exemple que l’on déserte délibérément la route (des illusions, mensonges ou allégeances) pour «préférer la rocaille» – ça, c’est une autre histoire…

En attendant, dans la nuit précoce de novembre, ce passage celtique vers «l’autre monde» – dont on a perdu le sens –, des bougies, lanternes et autres feux s’allument. Ça joue avec les ombres que l’on prétend chasser.

En tout cas, Halloween éclaire les cimetières. Celui des êtres aimés que l’on porte en soi. Celui aussi des champs de pierres – parfois tellement seules, tellement anonymes ou amnésiques – que des fleurs, une fois par an, transforment en jardins. Où le silence jamais ne dort. «Dans les rangées écoutez battre le cœur gros de l’éternité».

Marie-Anne Lorgé