SpaceX veut lancer la fusée « la plus puissante du monde »

This still image from video courtesy of SpaceX shows the launch of SpaceX's secretive US government payload known as Zuma, January 7, 2018 at Cape Canaveral, Florida. SpaceX blasted off the secretive US government payload known as Zuma, a mission whose nature -- and the agency behind it -- remains a mystery. SpaceX has launched national security payloads in the past, including a spy satellite for the National Reconnaissance Office, and an X-37B space plane for the US Air Force. SpaceX chief executive Elon Musk's goal is to perfect the technique so that rockets can one day become just as reusable as airplanes, thereby lowering the cost of space travel. / AFP PHOTO / Douglas CURRAN

La Falcon Heavy de SpaceX –la fusée « la plus puissante du monde »– doit décoller mardi de Cap Canaveral et préfigurer les missions capables d’amener des équipages sur la Lune et peut-être sur Mars.

Fidèle à son image d’inventeur de génie fantasque, Elon Musk, le patron de SpaceX a choisi une charge utile un peu particulière pour ce premier vol: son roadster Tesla rouge cerise, au volant duquel il a installé un mannequin vêtu du scaphandre spatial développé par l’entreprise. « Starman dans un roadster rouge » a posté le richissime inventeur sur Instagram lundi montrant la voiture électrique le nez pointé vers le ciel avec le faux astronaute aux commandes. Pour donner un air encore plus « art conceptuel » à l’affaire, « Space Oddity » de David Bowie doit servir de fond musical au lancement.

M. Musk ne faisant jamais les choses à moitié, il a choisi pour destination de ce premier vol l’espace lointain, à une distance à peu près équivalente de celle de Mars par rapport au soleil mais pas trop près non plus de la planète rouge, qu’il ambitionne ni plus ni moins de coloniser. Pour ambitieux qu’il soit, Elon Musk est conscient que sa fusée, qui n’a fait l’objet que de tests statiques jusqu’à présent, risque de mal fonctionner. « Nous serons dans l’espace lointain pour un milliard d’années si elle n’explose pas en vol », avait-il tweeté en décembre et il avait reconnu un peu plus tard qu’il considérerait déjà ce tir comme un succès si la fusée explosait assez longtemps après le lancement pour ne pas faire de dégâts sur le pas de tir.

La machine, qui mesure 70 mètres de hauteur sur douze mètres de largeur, est de fait complexe. Falcon Heavy est à la base constitué de trois fusées Falcon 9 assemblées frontalement –le deuxième étage est juché sur le lanceur central– et sera propulsée par 27 moteurs Merlin. Ensemble, ces moteurs « génèrent plus de 5 millions de livres (2.500 tonnes) de poussée au décollage, ou l’équivalent de 18 Boeing 747 », explique SpaceX.

Le 24 janvier, Space X avait procédé à un test de tir statique, qui consiste à allumer les moteurs de la fusée ancrée au sol. Il a duré 12 secondes et selon Elon Musk s’est bien passé. Comme l’entreprise spatiale le fait de manière routinière pour ses tirs de Falcon 9, SpaceX va tenter de faire revenir se poser en douceur les trois premiers étages de cette super-fusée pour pouvoir les réutiliser, ce qui doit permettre de réaliser une importante économie.

SpaceX affirme que Falcon Heavy « peut lancer deux fois plus de charge utile que la plus puissante fusée en opération existante, la Delta IV Heavy, « à un tiers du prix ». Selon United Launch Alliance, qui opère les Delta IV, le coût d’un lancement est de 350 millions de dollars. Ce lanceur est seulement surpassé par la fusée Saturn V de la Nasa qui a emporté des astronautes des missions Apollo vers la Lune à la fin des années 1960 et au début de la décennie 1970.

Avec cette puissance, Falcon Heavy pourra mettre jusqu’à 63,8 tonnes en orbite terrestre basse, soit près de trois fois la charge que peut emporter le lanceur Falcon 9. C’est aussi le billet de la Nasa pour arriver à envoyer des hommes dans l’espace sans avoir besoin de l’aide des Russes, comme c’est le cas depuis la fin du programme de la navette spatiale en 2011.

Depuis lors, l’agence spatiale américaine envoie ses astronautes en banlieue de Moscou pour s’entraîner avant de partir vers la Station spatiale internationale (SSI) en Soyouz. L’enjeu est donc d’importance pour SpaceX, qui a déjà décroché un contrat de 1,6 milliard de dollars de la Nasa pour approvisionner l’avant-poste orbital. « Falcon Heavy a été conçu dès le départ pour transporter des humains dans l’espace et retrouver la possibilité d’envoyer des équipages vers la Lune ou vers Mars », souligne SpaceX dans un communiqué. Le fondateur d’Amazon Jeff Bezos, homme le plus riche du monde, féru d’espace et entrepreneur spatial, a souhaité bonne chance à son rival sur Twitter. « Bonne chance à @SpaceX avec le lancement demain du Falcon Heavy.

Espérons un magnifique vol sans accrocs! » a écrit Jeff Bezos signant de Blue Origin, le nom de son entreprise spatiale et de sa devise en latin « Gradatim Ferociter » (Pas à pas. Avec férocité).