Le Soukhoï Superjet 100: un modèle qui a déçu les attentes de l’aviation russe

A son lancement, le Soukhoï Superjet 100 faisait la fierté de l’industrie aéronautique russe qu’il devait régénérer. Mais le premier avion civil conçu après la dissolution de l’Union soviétique a vu sa carrière ralentie par plusieurs problèmes dès ses débuts.

Lundi, l’un des modèles s’est enflammé après un atterrissage d’urgence à l’aéroport Cheremetievo de Moscou, faisant 41 morts. Avant le lancement de ce moyen courrier en 2011, le russe Soukhoï disait espérer conquérir grâce à lui 20% du marché des avions civils régionaux.

Soukhoï, constructeur renommé pour ses appareils militaires, a été fondé en URSS en 1939. Il a rejoint en octobre 2018, avec d’autres constructeurs aéronautiques réunis dans une société publique nommée United Aircraft Corporation (UAC), le conglomérat d’Etat géant Rostec.

Le Superjet est produit en partenariat avec la société d’aéronautique italienne Alenia Aermacchi, qui fait partie du géant du secteur Leonardo (anciennement Finmeccanica). Pouvant transporter jusqu’à 98 passagers sur des distances allant jusqu’à 4.600 kilomètres, l’appareil a été conçu pour concurrencer les modèles du Brésilien Embraer et du Canadien Bombardier. Mais peu après son lancement, un Superjet participant à un spectacle aérien s’était crashé sur un volcan indonésien en 2012, tuant les 45 personnes à bord. Les autorités indonésiennes avaient alors mis en cause une erreur de pilotage.

Les appareils ont également connu une série de défaillances techniques dont des problèmes de train d’atterrissage. Le gendarme russe de l’aviation a décidé de les clouer au sol à plusieurs reprises pour inspection. Les quelques compagnies étrangères les exploitant ont rapporté des problèmes de fiabilité et des délais dans l’acheminement des pièces détachées, préférant au final réduire ou arrêter l’exploitation de l’appareil

. La compagnie à bas-coût mexicaine Interjet est le principal client étranger du Superjet mais en mars, le magazine aéronautique FlightGlobal indiquait que la compagnie mexicaine n’utilisait plus que 7 de ses 22 appareils. L’avion a aussi été écarté par l’Irlandais CityJet, qui louait notamment des avions à Brussels Airlines.

La première compagnie russe, Aeroflot, a subi une forte pression du gouvernement pour ajouter davantage d’avions russes à sa flotte, dont des Superjet également utilisés par plusieurs compagnies régionales russes.

« Des milliards de dollars ont été investis dans ce projet et continuent d’être investis », a expliqué à l’AFP l’expert en aviation russe Boris Rybak, de Infomost Consulting.

« La très grande majorité de ces avions sont en service en Russie (…) Aeroflot a aujourd’hui 50 Superjet 100 et a signé un contrat pour 35 de plus », précise-t-il.

Aeroflot, dont la flotte comprend aussi des Airbus et Boeing, a malgré tout un excellent bilan en termes de sécurité au cours des 20 dernières années.