SORTIR / L’innovation foulée aux pieds

S’il n’en a pas le physique, Laurent Kox a beaucoup emprunté au professeur Tournesol. Mais son imagination débridée, son énergie créative, il les affecte essentiellement à la culture de la vigne et à l’élaboration de ses produits. Lui qui a d’abord connu le vin comme un hobby était sans doute le plus apte à poursuivre ce qui, dans la famille, est une vraie tradition. Entre le choix des cépages et leur alliage optimal, les découvertes techniques et les expériences, il virevolte. Il n’en est pour preuve que l’installation, dans le jardin, de deux vases d’argile en forme d’amphore, enterrés dans le sol, spécialement conçus pour la vinification, qui accueillent leur lot de pinot blanc et de riesling.

Sur les hauteurs de Remich, le domaine de Laurent et Rita Kox est tourné vers l’innovation… dans le respect de la tradition. Avec, à la barre, ce «maître innovateur un peu fou», tel qu’il se décrit. Qui sait que tout ce qu’il fait est loin d’être directement rentable.

Gourmand des réactions de ses convives, le maître a l’œil qui pétille plus encore que son crémant quand il livre à quelques goûteurs pas moins de vingt-quatre de ses créations, généralement estampillées des deux derniers millésimes.

Son dada? La «rétro-innovation». «C’est un programme pour revaloriser les anciens cépages, avec de nouvelles techniques, avant de les proposer au marché.» Exemple: le rhäifrensch. Ce cépage, jumeau de l’elbling, donne un vin fruité et minéral. Des raisins récoltés au dernier instant, puis foulés aux pieds, laissés à macérer, et envoyés au pressoir, De l’elbling, justement, il en produit, un peu, pas beaucoup. «C’est 5% du vignoble aujourd’hui, alors qu’il en représentait 90% il y a un siècle. Il reste une clientèle particulière. Quelques cafés….Des gens qui vont en Allemagne pour en boire. C’est son goût ancestral qu’ils recherchent.»

Le futur, c’est aussi se passer de sulfites, si possible. Dans le riesling qui servira de base à son crémant, dans quatre ans, il essaie de l’éliminer. Et il recourt au cabernet blanc, dont les cépages sont plus résistants aux maladies: «Plusieurs vignerons les testent. Il y a des cépages prometteurs… et d’autres à oublier déjà.»

Le secret de la rétro-innovation? «Cela ne se décrit pas, cela se goûte!» Alors son vin orange, dont les tanins explosent la bouche, il invite à le goûter les yeux fermés. «On a été parmi les premiers à en faire au Luxembourg!»

Précurseur, il l’a été avec une poignée d’autres, en 1991, pour lancer le crémant. Aujourd’hui, le vin pétillant représente 40% de la production, et passera bientôt à 60%.

Il a prévu de remettre, en fin d’année, les clés du domaine à sa fille Corinne. «J’ai trois enfants. Il faut transmettre… sans morceler. Moi, je suis né dedans. Si on veut de l’argent aujourd’hui, on n’investit pas dans le vin. Quand je pense au nombre d’appartements qu’on pourrait faire à la place de notre bâtisse…» Corinne, elle, n’est pas près de faire le deuil de son créateur de père: la passion, ça ne s’abandonne pas comme ça, au fond d’une barrique.