Une sonde de la Nasa va partir étudier les séismes sur Mars

L’agence spatiale américaine Nasa s’apprête à mener sa première mission vers Mars depuis 2012, en lançant samedi la sonde InSight dont l’objectif est d’y étudier l’activité tectonique pour tenter de percer le mystère de la formation des planètes telluriques.

Le lancement de l’engin baptisé Interior Exploration using Seismic Investigations, Geodesy and Heat Transport (InSight) est programmé pour 11H05 GMT samedi matin depuis la base Vandenberg de l’US Air Force en Californie.

Le lancement devait intervenir à l’origine en 2016 mais la découverte, quelques mois avant le tir, de fuites sur un instrument avait entraîné un report à 2018. Les fenêtres de tir favorables pour Mars ne se présentent que tous les deux ans. Kristina Williams, en charge de la météo pour le lancement, a expliqué à la presse que le brouillard attendu samedi matin ne devrait pas poser problème. En cas de retard pour n’importe quelle raison, une autre fenêtre de tir est possible dimanche. Si tout se déroule comme prévu cette fois, la sonde devrait arriver à destination le 26 novembre, devenant ainsi le premier appareil de la Nasa à se poser sur Mars depuis le véhicule Curiosity en 2012.

Comme la Terre et Mars se sont probablement formées de manière similaire il y a 4,5 milliards d’années, la Nasa espère qu’elle permettra de lever le voile sur les raisons pour lesquelles elles sont si différentes. « Comment passons-nous d’une boule de roches sans reliefs caractéristiques à une planète qui peut ou non accueillir la vie est une question cruciale dans la science planétaire », a commenté Bruce Banerdt, responsable scientifique d’InSight au laboratoire JPL de la Nasa à Pasadena, en Californie. « Nous aimerions être en mesure de comprendre ce qui s’est passé », a-t-il confié. Sur Terre, ces évolutions ont été masquées par des milliards d’années de séismes et de mouvements de roches en fusion dans le manteau, a expliqué le scientifique.

Mais Mars, quatrième planète à partir du Soleil qui est plus petite et moins active géologiquement que la planète bleue, pourrait receler quelques indices en la matière. InSight doit récolter des données par le biais de trois instruments: un sismomètre, un dispositif permettant de localiser avec précision la sonde tandis que Mars oscille sur son axe de rotation et un capteur de flux de chaleur capable de s’insérer 3 à 5 mètres dans le sous-sol martien, soit 15 fois plus profondément que lors de précédentes missions. Sa mission sera surtout de détecter les séismes martiens qui, selon la description de la Nasa, sont « comme un flash qui illumine la structure interne de la planète ».

Les scientifiques s’attendent à enregistrer jusqu’à une centaine de « tremblements de Mars » au cours de la mission qui doit durer au moins une année martienne, soit 26 mois sur la Terre. La plupart devraient être inférieurs à 6 sur l’échelle ouverte de Richter. Etudier la façon dont les ondes sismiques se déplacent à travers la croûte, le manteau et le noyau de la planète rouge pourrait les aider à en apprendre davantage sur la constitution des différentes couches et sur leur épaisseur. Le Seismic Experiment for Interior Structure (SEIS), « coeur de la mission », selon M. Banerdt, a été conçu par le Centre national d’études spatiales (CNES) français, tandis que le détecteur de chaleur Heat Flow and Physical Properties Package (HP3) est issu d’une collaboration entre les agences spatiales allemande DLR et polonaise CBK.

Les Etats-Unis ont dépensé 813,8 millions de dollars pour le vaisseau et le lancement, tandis que les investissements français et allemands sur les instruments représentent 180 millions de dollars, selon la Nasa. Par ailleurs, une paire de deux satellites de la taille d’une valise baptisés Mars Cube One (MarCO) seront embarqués, et doivent permettre d’évaluer les capacités de communication de petits équipements dans l’espace lointain. Ils ont coûté 18,5 millions de dollars à la Nasa.

Les sondes Viking de la Nasa lancées à la fin des années 1970 disposaient de sismomètres dont un seul avait fonctionné, mais il était beaucoup moins sensible car fixé sur le dessus de son engin porteur. Cette fois, le sismomètre d’InSight doit être déposé directement sur le sol grâce à un bras robotique.