Sommet de Sibiu: l’UE prépare la vie à 27, et la course aux postes clés

Les dirigeants des pays de l’UE se retrouvent jeudi à Sibiu en Roumanie sans le Royaume-Uni, pour plancher sur leur « agenda stratégique » des cinq prochaines années, et ouvrir le bal des prétendants aux grands postes européens.

A une quinzaine de jours des élections européennes, les chefs d’Etat et de gouvernement auront à coeur d’afficher une image d’unité des Etats membres. Et d’éviter de parler du départ britannique, qui a accaparé bon nombre de leurs derniers sommets. « Il y a une volonté collective de ne pas parler du Brexit », dont la date butoir a été repoussée au 31 octobre, et de « reprendre en main l’agenda européen », a expliqué la présidence française.

La date choisie du 9 mai correspond à l’anniversaire de la déclaration prononcée par le Français Robert Schuman en 1950, où il proposa la création d’une Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA), l’ancêtre de l’UE.

Dans la petite ville montagneuse de Transylvanie, les 27 devraient se contenter plus modestement jeudi d’approuver « 10 engagements » dans une courte déclaration, qualifiés de « 10 commandements » par un diplomate européen ironique. Ces grands principes devraient inclure la promesse de défendre une Europe unie, « de l’Est à l’Ouest, du Nord au Sud », dont les membres seront toujours « solidaires entre eux en cas de besoin ».

Certains dirigeants mettront l’accent sur des thèmes particuliers, comme Emmanuel Macron avec l’environnement. La France, avec une coalition de sept autres pays, va ainsi plaider pour un objectif de neutralité carbone en 2050 au niveau européen.

Ce ne sera « pas un sommet de décisions exceptionnelles », il servira de préliminaire pour préparer le « nouvel agenda stratégique de l’UE jusqu’en 2024 », qui devra être bouclé dans les prochaines semaines, a indiqué un haut responsable européen. « Mais il est assez difficile de discuter du futur agenda stratégique sans toucher à la question du renouvellement des dirigeants des institutions », a-t-il admis.

Le sommet informel de Sibiu devrait ainsi permettre de poser les premiers jalons de la course aux présidences, qui va commencer avec celle du Parlement européen à l’issue des élections prévues du 23 au 26 mai.

Mais c’est surtout la succession de Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission européenne qui occupe les esprits, et qui fait déjà l’objet de bras de fer.

L’élection du nouveau chef de l’exécutif bruxellois se fera par un vote du Parlement européen, qui tient à tout prix à ce qu’il soit à nouveau choisi parmi les chefs de file désignés par les différentes familles politiques pour les européennes. Cela avait été le cas en 2014 avec Juncker, qui était le chef de file (« Spitzenkandidat », selon le terme allemand souvent usité) des conservateurs du PPE arrivés en tête des élections européennes. Mais le choix du candidat soumis au vote des eurodéputés appartient lui au Conseil européen, l’instance réunissant les dirigeants des Etats membres, qui refusent, Emmanuel Macron en tête, de promettre qu’ils le désigneront parmi l’un des « Spitzenkandidaten » en lice.

A Sibiu, le président du Conseil européen Donald Tusk devrait « informer les dirigeants sur la façon dont il compte organiser le processus de nomination des prochains dirigeants des institutions de l’UE », a expliqué une source européenne.

Outre la tête de la Commission, ces nominations concerneront aussi plus tard la présidence du Conseil européen, celle de la Banque centrale européenne (BCE) et le chef de la diplomatie européenne.

En 2014, « il a fallu trois sommets et trois mois pour décider » des principaux postes, a rappelé un responsable européen. Plusieurs sources ont indiqué que le principe d’un sommet européen le 28 mai était déjà quasiment acquis pour discuter de ces présidences à la lumière des résultats des élections européennes.

Le sommet de Sibiu devrait aussi être l’occasion de plusieurs rencontres bilatérales, comme celle prévue entre Donald Tusk et le Premier ministre national-conservateur hongrois Viktor Orban.

Ce dernier, dont le parti est suspendu du PPE pour ses dérapages contre Bruxelles, a annoncé lundi qu’il retirait son soutien au candidat de sa famille politique à la tête de la Commission, l’Allemand Manfred Weber.