Solidarité / Lutte contre l’antisémitisme

Jacques Hillion / La profanation de plus de 80 tombes du cimetière juif de Quatzenheim en Alsace et l’agression verbale à l’en-contre d’Alain Finkielkraut lors d’une manifestation de gilets jaunes à Paris ne sont que les derniers actes antisémites dont la résurgence est inquiétante.

Les milliers de manifestants qui se sont réunis mardi soir à travers la France à l’appel d’une quinzaine de partis poli-tiques ont cependant apporté un peu d’espoir dans ce combat contre l’antisémitisme et le racisme. Cette solidarité républicaine est rassurante car elle amène une réponse à l’indifférence malsaine qui semble miner la société française depuis bien trop longtemps.

Ni l’obsession identitaire ni l’intolérance ne peuvent avoir leur place dans une société démocratique. Et pourtant, force est de constater que la parole antisémite s’est libérée, poussant à la prolifération d’exactions contre les communautés juives un peu partout en Europe et notamment en France (+74% en un an). La montée de l’extrême droite, des populismes et des nationalismes, en s’appuyant sur la crise sociale et les incertitudes, ravive les vieux démons qui ont martyrisé le Vieux Continent. A ce titre, la crise des gilets jaunes et cette cacophonie qui lui est propre servent de caisse de résonnance à la haine; des militants antisémites se servant de ce mouvement pour se faire entendre et distiller leur pensée nauséabonde.

L’agression de Finkielkraut en est symptomatique et montre qu’un certain discours antisémite se diffuse. Le mot sioniste a ainsi remplacé celui de juif même si l’antisionisme et l’antisémitisme désignent des réalités différentes. Dans la bouche de certains, pourtant, elles se rejoignent, allant jusqu’à se confondre. Cette confusion entretenue avec soin montre l’évolution du discours antisémite. Ce glissement sémantique est tout sauf neutre et appelle à la vigilance. Le débat sur la pénalisation del’antisionisme s’en fait d’ail-leurs l’écho. Et il divise puisqu’il induit notamment la capacité ou non de critiquer la politique du gouvernement israélien et donc la possible exclusion du débat public d’une opinion politique par une disposition législative.

Au-delà de ce débat, et les manifestations de mardi l’ont rappelé, le combat contre l’antisémitisme passe par la solidarité et la dénonciation sans faille de l’intolérance.