Société / Secret d’offense

Thierry Nelissen / Il est un éternel dilemme dans le métier de celui qui doit informer: faut-il ou non dénoncer les failles de sécurité que l’on rencontre, au gré de ses pérégrinations? En faire état, c’est encourager la malveillance; les cacher, c’est se donner bonne conscience en attendant l’attaque fatale ou l’inempêchable vol, qui sera commenté par un «il fallait bien s’y attendre…». Les journalistes de 100,7, qui avaient voulu dénoncer à leur manière les failles de sécurité du site de la Chambre, ont été mal récompensés par une institution qui préfère les poursuivre, à tout hasard. Il est toujours commodément expiatoire de mettre à mort le porteur de mauvaises nouvelles. L’Etat, qui veille à tout et protège de tout, n’aime pas qu’on le mette en garde: c’est forcément malveillant. Partout dans le monde, on est prêt à camoufler sous le «secret défense» les pires négligences.

Quoi de plus sensible, de mieux gardé, que les centrales nucléaires? Tout comme les tours jumelles du World Trade Center, elles sont étudiées pour résister aux impacts des avions. Mais entre la chute en feuille morte d’un petit Cessna et le piqué délibéré d’un Boeing 747 bourré de kérosène, il y a comme une différence que seule la déformation sous l’effet de la chaleur des structures en béton armé est apte à apprécier. Difficile, donc, de ne pas rendre hommage à Greenpeace pour avoir sacrifié cette semaine un drone déguisé en superman contre une centrale nucléaire française pour rappeler que la sécurité, ce sont des mesures concrètes et jamais des discours lénifiants.