Société / Le retour de la momie

Thierry Nelissen / L’éternité, c’est long, surtout vers la fin. Cette phrase célèbre, attribuée généralement à Desproges ou à Kafka, aurait en fait été prononcée par Toutankhamon, qui se languissait du Nil dans son sarcophage, avant sa rencontre en 1922 avec l’archéologue britannique Howard Carter. «Malédiction!», aurait même proféré le défunt pharaon, lors de l’ouverture de son tombeau, constatant à la faible lumière ambiante que l’événement n’était pas télévisé en direct. Mauvais timing. A quelques dizaines d’années près, il connaissait la gloire absolue de la téléréalité, et pouvait s’offrir toute la famille Kardashian, mère comprise: quand on a 3.000 ans, on n’est pas trop regardant. L’équipe technique anglaise en fut bien punie. Mais le monarque en bandelettes dut se contenter d’une bonne gloriolette qui, comme rosette, a tout de même fait beaucoup pour la notoriété de l’Egypte antique.

Place à l’Egypte en toc. Cette semaine, à l’instigation d’un archéologue à tout faire, également organisateur de voyages, un explorateur-animateur américain de la chaîne «Discovery» a mis au jour «en direct» à la télé la momie d’un prêtre qui sommeillait depuis 2.500 ans. «Merveilleux», «incroyable», ont hurlé les promoteurs de cette fouille curieuse. «Indécent», ont jugé les vrais spécialistes.

Si l’éternité, c’est faire une réapparition à la télé entre une pub pour un soda et une autre pour un détergent, sous des cris de joie à la Trump, autant prendre ses précautions: vive l’humusation, vive la crémation, vive la dispersion!