Société / Ouh, moi, moi!

Thierry Nelissen / Alors que les humains dépriment, taraudés par l’échéance climatique, névrosés par les thrillers noirs avalés sur Netflix, anémiés par un discours politique sans perspective, un certain Avi Loeb sort le monde de sa vision nombriliste grise. L’homme est astrophysicien à l’université de Harvard, grande pourvoyeuse de talents comme pourrait en témoigner le cabinet Pearson-Specter, si le sujet avait quoi que ce soit de terre à terre. Avi Loeb rouvre la frontière ultime, chère au capitaine Kirk: l’espace. A force de se regarder s’étouffer, l’espèce humaine a oublié de fantasmer sur l’exploration spatiale, à l’exception d’un Elon Musk, trop médiatique, trop sulfureux. Loeb s’est penché, avec son confrère Shmuel Bialy, sur un astéroïde, le seul parmi les 750.000 observés jusqu’ici, à venir d’un autre système solaire. Ce cigare rocheux de 400 m de long et 40 de large, découvert en 2017 et baptisé du joli nom hawaïen de «Oumuamua», est épris d’une vélocité anormale, supérieure à ce que la physique suppose. Explication très simple: l’objet serait propulsé. Une sonde extraterrestre, envoyée en observation près de la Terre? De quoi faire hurler la communauté scientifique méfiante, mais rouvrir le feuilleton des rencontres du troisième type. Revivifiés, les mystères de l’île de Pâques ou de Stonehenge, réhabilité, l’accidenté de Roswell, sanctifié, ce vieil E.T.

Si l’hypothèse existe, sa probabilité est hélas extrêmement faible, et inversement proportionnelle à la propension de cet équipage venu d’ailleurs à battre en retraite très rapidement après une rapide analyse de la situation terrestre.