Société / Mon saigneur

Olivier Tasch / C’est un matin comme un autre, à l’écoute de la radio France Info. Les nouvelles tournent en boucle. Aujourd’hui, le pape François, ce dirigeant d’un micro-Etat, le Vatican, seule monarchie absolue élective de droit divin de la planète, a refusé la démission d’un cardinal, un certain Barbarin. Lequel est condamné à six mois de prison avec sursis pour non-dénonciation d’actes pédophiles. Un barbare, hein? Présomption d’innocence avant le jugement en appel, ratiocine le pape. François est «un traître, un Judas», tonne le représentant d’une association de victimes au micro de France Info. «Le fond du sujet, c’est le viol de mineurs que l’Eglise a couvert dans des proportions massives, de petits enfants non sexués de 8-10 ans. C’est d’une immoralité! Le sacré vient de s’effondrer. Le message de l’Eglise, aujourd’hui, vient de se détruire et cela va avoir des conséquences dramatiques pour elle.» Rien de nouveau en somme, les bouffeurs de curés sont dans leurs petits souliers et c’est très bien ainsi.

Mais là, stupeur! Le journaliste se lance dans l’interview d’un homme d’Eglise. Certes, il n’élude pas les questions qui fâchent, mais il lui donne du «Monseigneur» à chaque question. Horripilant! Vu du Luxembourg, on croirait presque qu’il s’adresse au Grand-Duc avec toute la déférence que lui impose son statut de manant. C’est vrai, l’année 1905 est bien loin… On aurait préféré que le confrère s’en tienne à un bien plus républicain «Monsieur l’évêque». Ah, éducation chrétienne, quand tu nous tiens!