Société / Langue fourchue

Olivier Tasch / C’est au père de la psychanalyse que l’on doit la vulgarisation du terme de «lapsus». Si à la base il s’agit d’une simple erreur qui amène à remplacer un mot par un autre – en parlant ou en écrivant – Freud y voit un tour que nous joue notre inconscient pour révéler une pensée refoulée, un désir réprimé. Si l’on accepte cette assertion, les lapsus prennent une tournure délicieuse. Le plus souvent comique. Comique l’image collée à Jawad Bendaoud, accusé d’avoir logé deux terroristes des attentats de Paris en 2015 et qui, ce 14 décembre en clôture de son procès, s’est confondu en excuses avant de conclure: «Si vous me condamnez, vous condamnez un coupable!» Vu le contexte, on se permet un rire gêné. On tombe en revanche dans l’hilarité lorsque le monde politique se prend la langue dans le tapis. On se souvient évidemment de la «fellation» (inflation) de Rachida Dati en 2010. Cette année, le Premier ministre français lui emboîtait le pas en rappelant que la France souhaite continuer à «sucer» (susciter) de grands champions. Evidemment, c’est le caractère sexuel qui interpelle, domaine des plus freudiens au demeurant. Au-delà des plaisirs de la chair, ceux de la langue sont parfois plus savoureux encore. En 2015, Sarkozy lâche que «la France a toujours été du côté des dictateurs». Dans la même veine, Macron annonce, en 2017, avoir décidé que la France sortirait de l’Etat «de droit» (d’urgence).

Les lapsus sont-ils révélateurs? Une chose est sûre, ils offrent le plus souvent un trait d’humour inattendu, parfois salutaire.