Societe / Labeur

Et voilà, le temps est venu de lui faire sa fête. Le travail, célébré ici le 1er mai, et plutôt en septembre en Amérique du Nord, est naturellement prétexte à un jour… chômé.

La fête du travail est une célébration des combats ouvriers. C’est plutôt la fête des travailleurs, d’ailleurs. Tout le monde s’y est mis pour la couler dans le calendrier des jours fériés, depuis les bolchéviques jusqu’au pape Pie XII.

En France, le parti qui avait d’anciens collaborateurs dans ses fondateurs a même récupéré cette date, déjà détournée par le maréchal Pétain, pour célébrer Jeanne d’Arc. Rien d’illogique dans la continuité du cynisme, même si la fête religieuse de la guerrière à la bonne ouïe tombe en fait le 30 mai, et que saint Joseph, grand travailleur dans son atelier, est officiellement titulaire de la date. Quand Macron récupère le patriotisme au soir du premier tour, il ne fait qu’arroser un arroseur breveté.

Mais au fond, à quoi ça sert, le travail? «A préserver la société du vice et de l’oisiveté», dit presque sérieusement un économiste qui constate que le travail tel qu’on le conçoit aujourd’hui vise à donner à celui qui l’exerce bien plus que la nécessaire pitance et le bienvenu logement.

Ce ciment de l’économie et des relations sociales est même presque sacralisé. Sans travail, on n’est rien. Au Luxembourg, on entend peu de voix pour échapper aux quarante heures par semaine. Comme si ce rythme était dans la nature de l’homme. Alexandre le Bienheureux n’est qu’une farce, au mieux un fantasme, quand on sait à quel point labor omnia vincit pour peu qu’il soit improbus. Le travail, c’est bien, acharné, c’est mieux.

Mais en est-on dupe, tout compte fait? «C’est un travailleur», dira-t-on volontiers d’un personnage un peu laborieux, dont la débauche d’énergie est nécessairement supérieure à l’efficacité. Un peu comme on dit d’une fille aux formes trop généreuses: «Elle a un beau visage.»

On préférera, finalement, entendre de soi: «C’est un malin», même si cela suppose une morale parfois variable. Les gens les plus épanouis d’apparence sont ceux qui, malgré la faiblesse endémique des taux d’intérêt, peuvent révéler, confiants: «Mon argent travaille bien.» Et siroter une pina colada en dissertant sur les vertus de la flexibilité.

Pendant que les travailleurs font la fête, l’argent des actionnaires travaille. Avec, parfois, des exigences de rentabilité à deux chiffres qui conditionneront la carrière des fêtards du 1er mai. Car mardi, on retourne au turbin.

Thierry Nelissen

PARTAGER
Article précédentMarchand de sable
Article suivantEconomie / Volatil…